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La qualité de l'air intérieur, lieux de vie et santé

Alexandre Clamens   31-01-2008

L’observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI) a organisé un colloque à l’occasion du salon POLLUTEC de novembre 2007. Le CSTB, qui conduit les études de l’OQAI, a ainsi pu présenter les travaux réalisés en 2007. Certains des résultats peuvent d’ors et déjà être utilisés par les maîtres d’ouvrage et les professionnels de la construction. Nous avons retenu ceux qui nous semblent les plus pertinents.

OQAI

L’observatoire de la qualité de l’air intérieur a été créé en 2002 avec l’objectif de mieux connaître la pollution intérieure aux bâtiments et de proposer des recommandations de protection. Il est principalement composé d’experts du CSTB. Il est présidé par Andrée Buchmann, conseillère régionale d’Alsace.

Définition de valeurs guides pour plusieurs polluants

De 2001 à 2005, l’OQAI a mené une campagne de mesures dans les écoles puis dans les logements afin de mieux connaître les niveaux de concentration de divers polluants de l’air. Cependant, pour l’instant, ces niveaux ne peuvent pas être comparés à des valeurs de référence permettant d’évaluer le risque auquel la population est exposée. Face à ce constat, le plan national santé environnement (PNSE), lancé en 2004, a fixé l’objectif de « mieux connaître les déterminants de la qualité de l’air intérieur ». Dés 2005, l’AFSSET et le CSTB ont cherché à définir une méthodologie pour déterminer des valeurs guides par une approche cadrée et scientifique. La méthodologie a été approuvée fin 2006, avec une liste de polluants à étudier en priorité. Suite aux travaux menés en 2007, le groupe de travail propose des valeurs guides pour le formaldéhyde et pour le monoxyde de carbone.

AFSSET

L’agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail a pour mission d’évaluer les risques sanitaires liés à l’environnement, notamment au travail.. Elle appuie le gouvernement lors de la définition de mesures législatives et réglementaires. Elle est présidée par le Dr Michèle Froment-Védrine.

Valeurs guides du monoxyde de carbone (CO) :

  • 100 mg/m3 pour une exposition d’un quart d’heure ;
  • 60 mg/m3 pour une exposition d’une demie-heure ;
  • 30 mg/m3 pour une exposition d’une heure ;
  • 10 mg/m3 pour une exposition de 8h.
Valeurs guides

Concentrations dans l’air d’une substance chimique en-dessous desquelles aucun effet sanitaire n’est attendu pour la population générale.

Les principales sources de monoxyde de carbone à l’intérieur d’un bâtiment sont les appareils de chauffage et de production d’eau chaude sanitaire fonctionnant par combustion. Selon la concentration et la durée d’exposition, le monoxyde de carbone est responsable de vertiges, de maux de têtes, de fatigue, de troubles cardiaques voire de coma et de décès.

Quelques remarques du Certu :

La mesure de la concentration peut être réalisée à l’aide d’appareils simples, certifiés CE, disponibles sur le marché. Nous conseillons de faire réaliser la mesure par un professionnel, notamment à l’occasion du contrôle périodique des chaudières. Un décret et un arrêté technique fixant les règles de ventilation dans des locaux abritant un appareil à combustion est en cours de rédaction à la DGUHC.

Que peut faire un maître d’ouvrage ?

  • faire contrôler le respect des règles de construction par un contrôleur technique, dés les études d’Avant-Projet et jusqu’à la réception des travaux ;
  • faire dimensionner correctement les installations de chauffage par le concepteur, afin d’éviter les cas de recours à un chauffage d’appoint par les utilisateurs ;
  • dès la mise en service du bâtiment, sensibiliser les utilisateurs à une bonne ventilation journalière : nécessité de fonctionnement de la ventilation, entrées d’air non obstruées, aération régulière ;
  • passer un contrat d’entretien des installations de chauffage et de ventilation, conforme aux prescriptions des fabriquants et demandant des mesures de concentration en CO ;
  • installer un détecteur de monoxyde de carbone en un endroit bien choisi.

Valeurs guides du formaldéhyde :

  • 50 µg/m3 pour une exposition de 2 heures ;
  • 10 µg/m3 pour une exposition à long terme.

Les sources de formaldéhyde peuvent être les bois agglomérés et contreplaqués, les textiles, les résines, les matériaux d’isolation, les meubles, la cigarette, les cosmétiques et les produits d’entretien. Le formaldéhyde est reconnu comme étant une substance cancérogène avérée.

Quelques remarques du Certu :

Mesurer une concentration en formaldéhyde nécessite aujourd’hui encore des prélèvements et une analyse en laboratoire. Des capteurs permettant une mesure immédiate sont cependant en cours de développement.

Que peut faire un maître d’ouvrage ?

  • choisir des matériaux émettant peu de formaldéhyde, grâce à leurs fiches de déclaration environnementale et sanitaire (www.inies.fr)
  • lors de la mise en service, sensibiliser le personnel d’entretien aux choix de produits émettant peu de formaldéhyde ; imposer l’usage de produits labellisés en cas de contrat d’entretien et demander le respect des prescriptions des fabriquants, notamment sur les dosages ;
  • suivre les mêmes recommandations que plus haut à propos de la ventilation.

En 2008, l’AFSSET prévoit de définir des valeurs guides pour d’autres polluants : benzène, trichloroéthylène, particules de diamètre inférieur à 10 µm (PM10), naphtalène, tétrachloroéthylène, phtalate de di(2-éthylhexyle) (DEHP), dioxyde d’azote, acétaldéhyde, ammoniac & radon.

Le développement et la mesure des moisissures

Les chercheurs du CSTB ont étudié les substances rejetées par les moisissures du bâtiment. Leur objectif était de rendre possible la détection de la prolifération de moisissure avant même qu’elle ne soit apparente. C’est une mission réussie puisqu’après plusieurs séries d’analyse en laboratoire, ils ont repéré un « cocktail » de 17 substances caractéristiques. En particulier, ces substances ne sont pas émises directement par les matériaux, elles ne dépendent pas des supports sur lesquels les moisissures se développent et elles sont émises dès les premiers jours de contamination.

Ce cocktail sert facilement d’indice : il a permis de déceler que 35% des logements étudiés par l’OQAI subissaient ce type de pollution, alors qu’elle n’était apparente que pour 10% d’entre eux ! Où se cachaient les moisissures ? Le CSTB en a souvent retrouvé sous les dalles de sol, dans les gaines et dans les plenum. A noter : le CSTB a pu vérifier que le développement des moisissures ne dépendait pas vraiment de l’humidité de l’air mais plutôt de l’humidité des matériaux supports et de leur rapport carbone/azote.

Que peut faire la maîtrise d’ouvrage ?
  • suivre les recommandations données plus haut à propos des systèmes de ventilation ;
  • faire chuter le degré d’humidité des matériaux avant des travaux de réhabilitation (notamment après un dégât des eaux) ou de recouvrement (sols collés) ;
  • faire un diagnostic sur la présence de moisissures en recherchant les causes (fuites, mauvaise étanchéité, détérioration des réseaux, ventilation insuffisante, etc.) avant d’engager des travaux de réhabilitation ;
  • demander au maître d’oeuvre de préférer les matériaux inertes ou fongistatiques.

NB : le rapport carbone/azote n’est pas mentionné dans les fiches de déclarations environnementales et sanitaires. Quelques produits présentés dans la base INIES ont fait l’objet d’essais techniques sur le développement fongique.

La qualité de l’air dans les piscines

Les piscines dégagent deux substances nocives dérivées du chlore : la trichloramine et le chloroforme. La trichloramine provoque de l’asthme tandis que le chloroforme est cancérigène. Après une enquête portant sur 500 établissements, le bureau d’études Sépia Santé a constaté qu’environ 40% des piscines ont été construites entre 1975 et 1978. Seulement 36% ont fait l’objet de travaux d’amélioration de la qualité de l’air alors que les systèmes de ventilation, à 92% basés sur le recyclage de l’air, nécessitent une épuration des produits toxiques. Peu de piscines sont contrôlées mais, parmi celles-ci, 17% ont observé un dépassement des normes, soit en raison d’une mauvaise hygiène, soit à cause d’un défaut de ventilation et d’une filtration insuffisante. Ce constat est d’autant plus alarmant que les bassins émettant le plus de substances toxiques sont ceux qui sont le plus chauffés, en général ceux qui sont destinés aux enfants.

Comment limiter la présence de polluants dans l’air des centres aquatiques ?
  • adapter les débits de ventilation ;
  • contrôler régulièrement la chloration et la température de l’eau ;
  • veiller à l’hygiène des baigneurs, notamment par la conception de l’entrée dans la zone bassin, car la sueur et l’urine réagissent avec le chlore et et produisent des substances toxiques ;
  • prévoir des systèmes de traitement de l’eau recourant peu ou pas du tout au chlore (désinfection par UV, à l’ozone ou au PHMB).

La qualité de l’air dans les patinoires

Les engins de lissage de la glace (surfaceuses) sont la principale source de pollution de l’air d’une patinoire. Ils émettent du monoxyde de carbone (CO) et du dioxyde d’azote (NO2) lorsqu’ils fonctionnent au gazole ou à l’essence.

Sépia Santé a lancé une enquête auprès des 112 patinoires de France, à laquelle 68 établissements ont répondu. Parmi ceux-ci, 56 utilisent des surfaceuses au gaz – dont 15 sans pot catalytique ni tuyau d’échappement en hauteur – et 10 des surfaceuses électriques.

Comment limiter les risques ?
  • préférer les surfaceuses électriques ;
  • installer des détecteurs de monoxyde de carbone dans les patinoires.

Quelques travaux de l’OQAI pour 2008

1. Définir un indice de la qualité de l’air intérieur. C’est une commande confirmée par Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’État à l’écologie, lors de sa visite au CSTB en novembre 2007. Établir cet indice est compliqué puisque la qualité de l’air dépend de plusieurs centaines de substances. L’observatoire doit donc faire un tri et retenir un mélange de substances nocives, fréquentes, représentatives et facilement mesurables…

2. Mettre en place un protocole pour les mesures de la qualité de l’air des lieux fréquentés par les enfants, mesures qui seraient réalisées par les 41 associations agréées de surveillance de la qualité de l’air (AASQA).

3. Développer un appareil de mesure simple de la qualité de l’air intérieur. D’après le prototype présenté, cet appareil se présenterait sous la forme d’un boîtier avec trois voyants lumineux vert, orange et rouge. Il mesurerait les substances choisies pour l’indice de la qualité de l’air intérieur dans les écoles. Les enseignants pourraient ainsi s’apercevoir plus facilement de la nécessité d’aérer les salles de classe.

4. Rédiger deux guides sur la qualité de l’air dans les logements et dans les bureaux. Ces guides seraient conçus sur le même modèle que le guide Recenser, prévenir et limiter les risques sanitaires environnementaux dans les bâtiments accueillant des enfants .

Pour en savoir plus : www.cstb.fr et www.air-interieur.org


[Ecrire au Certu : mep.certu@developpement-durable.gouv.fr]







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