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L'ingénierie socio-environnementale

Marie-Reine Gallard   25-09-2007

Un nouvel outil au service du développement durable : la socio-ingénierie environnementale Une approche sociale pour nourrir la réflexion et guider l’action.

La Psychologie Socio Environnementale est une discipline qui s’intéresse à l’étude des interactions entre l’individu et son environnement physique et social dans ses dimensions spatiales et temporelles. Elle propose des instruments d’analyse, donne des clés pour comprendre les perceptions, les attitudes et les comportements des individus dans leur contexte de vie.

« La PSE considère la relation à l’espace comme un système d’interdépendances complexes dans lequel le rôle et la valeur de celui-ci sont notamment déterminés par la perception et l’évaluation subjective dont un lieu est l’objet » Ittelson.

L’environnement : une priorité nationale attestée

La création de notre nouveau grand ministère baptisé MEDAD « Ministère de l’Ecologie du Développement et Aménagement durables » atteste de la volonté du gouvernement à placer le développement durable au coeur de ses priorités. La France, l’Europe et de nombreux autres pays sont dorénavant engagés dans la préservation de l’environnement. La lutte contre le changement climatique, la politique de l’énergie, les politiques de transports, la biodiversité et les ressources naturelles représentent autant de défis à relever. Ces nouveaux objectifs nécessitent des réflexions approfondies sur l’aménagement des espaces urbains et ruraux mais aussi sur la prévention des risques naturels, technologiques et sanitaires. Or de l’habitat à la planète en passant par la ville, notre relation à l’environnement conditionne nos perceptions, nos évaluations et nos comportements et déterminent notre bien être quotidien.

« L’environnement nous entoure, nous enveloppe, nous engloutit » Ittelson

L’environnement : vecteur de sens et d’identité

« L’environnement n’est pas un espace neutre et exempt de valeurs, il est culturellement marqué » G. Moser

L’habitat, l’entreprise, le quartier, la ville ou le village sont autant d’environnements porteurs de significations. Ce ne sont ni des espaces neutres et exempts de valeurs, ni de simples décors composé uniquement d’éléments matériels. L’individu y est continuellement présent que ce soit de manière effective ou virtuelle.

Notre vision du monde et de l’homme s’exprime dans la manière dont nous façonnons nos espaces de vie. En retour ces espaces de vie nous signifient qui nous sommes, ce que nous devons faire ou ne pas faire. Au delà de ses effets directs sur l’individu (bruit, densité, etc…), l’environnement est vecteur de sens et d’identité. Il en découle l’intérêt de prendre en considération les manières de voir, sentir et ressentir, penser et imaginer, explorer et pratiquer son environnement.

La Psychologie Sociologie Environnementale (PSE) propose des instruments d’analyse, donne des clés pour comprendre les perceptions, les attitudes et les comportements des individus dans leur contexte de vie. A partir de ces analyses elle permet de proposer des modalités d’intervention. Celles ci ont pour but d’améliorer notre qualité de vie au quotidien et de préserver celle des générations futures ; le principe fondamental du développement durable.

L’environnement et l’homme : une relation complexe mais forte

La psychosociologie environnementale favorise la compréhension des enjeux planétaires et l’adoption de comportements bénéfiques à l’environnement. Cette discipline récente s’intéresse à l’étude des interactions entre l’individu et son environnement physique et social dans ses dimensions spatiales (micro-environnements, environnements de proximité, environnements publics ou environnement global) et temporelles (évolution de la société). Il existe en effet de fortes interactions entre l’environnement qui affecte l’individu et l’individu qui affecte l’environnement.

La psychosociologie environnementale se propose de démêler ces interactions et éventuellement les relations qui peuvent en découler. Elle aide à les identifier pour déterminer quelles sont les « affordances », c’est à dire les caractéristiques environnementales qui rendent possibles, difficiles ou impossibles la réalisation de comportements précis. Les perceptions, les attitudes et les comportements de l’individu sont analysés en relation explicite avec le contexte physique et social de référence, celui dans lequel ils se manifestent. La mise en évidence des relations homme-environnement fait intervenir des problématiques de nature différentes selon le type et l’étendue de l’espace concerné. La PSE fonctionne ainsi à plusieurs échelles de référence spatiale.

L’ingénierie socio-environnementale : des méthodes spécifiques qui « font parler les gens des lieux pour faire parler les lieux » P. AMPHOUX
Rappel sur les méthodes traditionnelles des disciplines sociales :

En sciences sociales il existe plusieurs méthodes de recueil de l’information. On retiendra celles qui sont le plus fréquemment utilisées : l’observation, l’analyse de contenu et l’expérimentation

Les différentes techniques d’observations : directe et indirecte

L’observation directe consiste à capter les situations et les comportements au moment et à l’endroit même où ils se produisent et sans intermédiaire. C’est une méthode très efficace pour prendre conscience de la réalité effective d’un terrain (pour en savoir plus : l’enquête et ses méthodes : L’observation directe. Anne Marie ARBORIO – éd. Nathan).

L’observation indirecte : le questionnaire Un questionnaire est une liste de questions destinées à rassembler des opinions ou des suggestions ou d’apporter une validation qualitative ou quantitative à des hypothèses émises. Cette méthode permet de s’adresser à un grand nombre de personnes (pour en savoir plus : l’enquête et ses méthodes : le questionnaire. François de SINGLY éd. A. Colin).

L’observation indirecte : l’entretien La méthode consiste à poser des questions à un ou plusieurs utilisateurs afin de rassembler de l’information et des connaissances sur un sujet particulier. Il existe différents types d’entretiens directif, non directif, semi directif .

L’entretien directif (ou standardisé) s’apparente fortement à l’administration d’un questionnaire classique. L’ensemble du cadre de référence est préalablement défini. Les formulations et l’ordre de passation des questions figées. L’interviewé doit entrer dans le cadre. Dans la pratique il est conseillé d’utiliser ce type d’entretien pour des opérations de vérifications ou de contrôle des enseignements déjà obtenus par d’autres méthodes « plus ouvertes ».

L’entretien non directif (ou libre) est surtout utilisé dans les entretiens thérapeutiques ou dans des travaux de type exploratoire. Il permet par exemple de recueillir les contours et contenus explicites ou implicites d’une problématique peu ou pas connue. Le sujet est invité à répondre à une question de départ très large.

L’entretien semi directif (ou centré) est le plus utilisé. Le travail préalable consiste à construire une grille d’interrogation relative aux différents thèmes à aborder. Chaque thème est ensuite subdivisé en une série de sous dimensions qu’on aborde au gré de la discussion sur le thème principal. Cependant malgré ce cadre précis d’intervention, il est recommandé de rester souple et de s’adapter à la situation de communication : Cette technique permet de compléter les résultats obtenus par un sondage quantitatif. Elle apporte une richesse et une précision plus grande dans les informations recueillies, grâce notamment à la puissance évocatrice des citations et aux possibilités de relance et d’interaction dans la communication entre interviewé et interviewer.

Remarque : L’entretien révèle souvent l’existence de discours et de représentations profondément inscrits dans l’esprit des personnes interrogées et qui ne peuvent que rarement s’exprimer à travers un questionnaire.(pour en savoir plus : L’enquête et ses méthodes : l’entretien. Alain BLANCHET ed.Nathan).

L’observation participante intègre l’observateur à l’observation. Elle consiste en une immersion complète de l’observateur dans le milieu étudié Le but étant de rapprocher le chercheur de son objet d’étude. Dans cette optique, il adopte un comportement actif, se mêlant à l’existence quotidienne de la population qu’il étudie. Il y vit durant tout le temps de l’étude, et côtoie constamment les acteurs sociaux étudiés. Cette méthode dérive en grande partie des méthodes anthropologique et ethnologique, alors tournées vers l’étude de sociétés primitives (Pour en savoir plus : « L’observation participante dans les situations interculturelles » R. Hess et G. Weigand – éd. Economica – Collection Anthropos).

L’analyse de contenu est une méthode qui permet d’effectuer l’exploitation totale et objective de données recueillies : Elle consiste en un examen systématique et méthodique de documents textuels ou visuels. Il s’agit de comprendre un texte en recherchant les informations qui s’y trouvent. Il convient de dégager le sens de ce qui est présenté. L’analyse de contenu permet de formuler et classer tout ce que contient le texte, d’en faire la synthèse, d’en extraire les idées de manière organisée, généralement par thèmes et catégories. En fait il s’agit de mettre chaque discours sous une forme qui le rende plus intelligible donc plus exploitable. (Pour en savoir plus : L. BARDIN « l’analyse de contenu PUF 2001).

L’expérimentation est une observation provoquée portant sur une situation créée et contrôlée par le chercheur qui a pour but de valider (ou invalider) une ou des hypothèses issues d’un système théorique (pour en savoir plus : M. GRAWITZ, Méthodes des sciences sociales, Dalloz 11ème édition 2001).

Aux méthodes traditionnelles des disciplines sociales (expérimentation, observation, enquête, analyse de contenu), la PSE ajoute des méthodes spécifiques appliquées aux problèmes environnementaux comme l’échelle d’évaluation, les études d’impact, l’observation récurrente, les méthodes d’observation et d’expérimentation in-situ, les cartes mentales, la cartographie mentale. Les parcours sensoriels ou évaluatifs complémentaires des cartes mentales centrées sur la perception, constituent une technique qui permet la collecte d’informations sensorielles et les associe de façon séquentielle à des espaces. Les parcours commentés consistent à déambuler dans les espaces publics pour laisser venir à soi les sensations diverses… Une mine d’informations visuelles, auditives, olfactives, tactiles et dynamiques qui se superposent, laissant entrevoir la richesse des lieux qui s’offrent aux sens du passant réceptif.

La P.S.E. : Pour questionner, analyser et améliorer les relations à l’environnement

  • La PSE pour voir, sentir et ressentir son environnement : Analyser les rapports de l’individu avec son cadre de vie (habitat, travail, loisirs) pour l’adapter à ses besoins
  • La PSE pour percevoir, penser et imaginer son environnement : Etudier les perceptions, représentations, attitudes et comportements pour agir avec.
  • La PSE pour explorer et pratiquer son environnement : Repérer et objectiver les phénomènes. Utiliser la cartographie comportementale pour une approche spatiale du comportement.
  • La PSE pour agir et mettre en oeuvre : Identifier des dysfonctionnements pour construire des moyens d’actions.

Et concrètement dans un projet

L’ingénierie socio-environnementale : un rôle à toutes les étapes d’un projet : Elle prend des formes variées et particulières selon son but (limitée au diagnostic ou incluant le traitement) et selon l’objet et le niveau auquel elle intervient (aménagement, espaces semipublics, espaces publics et environnement global). Toute forme d’intervention met en oeuvre des instruments particuliers en fonction du type de problème à résoudre.

Avant le projet elle permet d’effectuer un diagnostic : le diagnostic environnemental consiste à faire un relevé environnemental détaillant les conditions pertinentes et particulières du contexte.
Ce relevé porte aussi bien sur les aspects physiques que sociaux. Ce diagnostic fait intervenir l’ensemble des acteurs d’une situation. Il recueille des données verbales sur les comportements, les perceptions et les préférences des utilisateurs de l’espace en question. Il porte sur les usagers et sur l’ensemble des acteurs impliqués dans un environnement donné Pendant, pour accompagner la mise en oeuvre du projet.

Pendant le projet pour accompagner sa mise en oeuvre

Après le projet pour faire le bilan et évaluer l’impact des actions entreprises. Evaluer l’environnement consiste à apprécier les effets et le degré de satisfaction des individus d’une unité environnementale donnée. L’évaluation post occupationnelle (EPO), le bilan socioenvironnemental (BSE) ainsi que le retour d’expérience sont autant de formes diverses d’une même logique, le contrôle des interventions et le bien fondé des recommandations ou des mesures préconisées. Elles permettent non seulement de valider l’intervention sur le terrain mais contribuent également à nourrir le corpus théorique de la discipline environnementale.
L’EPO et le BSE portent plus spécifiquement sur l’impact environnemental et social des transformations introduites.
L’EPO a comme objectif de valider avec les personnes concernées, les options d’aménagement ou réaménagement mises en oeuvre. Elle s’applique essentiellement au bâti collectif et aux espaces ouverts au public.
Le BSE concerne non seulement l’ensemble des acteurs impliqués sur le terrain. Elle porte cependant une attention particulière sur l’impact social des transformations environnementales et sur l’impact environnement des transformations sociales. Il permet en outre de mettre en place les exigences du suivi afin de consolider les transformations mises en oeuvre, notamment dans le cas de la mise en place de structures destinées à favoriser les comportements écologiques.

« Concilier l’esprit poétique expansif et l’esprit scientifique taciturne n’est pas une mince affaire » Bachelard.






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