Arguments pour la construction et la réhabilitation durables
Alexandre Clamens 20-04-2007
Quelques enjeux environnementaux
Ressources, matières premières et déchets :
En 2004, la filière bâtiment a produit 30 millions de tonnes de déchets, dont 1% de déchets dangereux. Très peu de ces déchets sont triés, ce qui freine leur recyclage. En 2001, la France consommait 14,9 tonnes de ressources par habitant. C’est plus que les 11,8 tonnes affichées par les britanniques. 50% de ces ressources sont destinées au secteur du bâtiment.
Énergie et réchauffement climatique :
En moyenne, un français consomme 51 000 kWh, soit 4,4 tonnes équivalent pétrole, et produit 1 kg de déchets radioactifs par an. Les énergies renouvelables sont encore marginales en France. La consommation moyenne des bâtiments est de 400 kWh/m2/an contre 170 kWh/m2/an en Allemagne. Conséquence : la facture énergétique de la France est passée de 23,7 milliards d’euros en 2000 à 46,2 milliards d’euros en 2006. Pour le secteur du bâtiment, les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 22% depuis 1990. Un français émet 9 tonnes équivalent CO2 dans l’atmosphère et participe ainsi plus fortement au réchauffement climatique qu’un suédois (7,5 teCO2). En raison du changement climatique, la température moyenne en France devrait passer de 19°C en 2000 à 23°C en 2100, accroissant ainsi les phénomènes de canicules, d’orages, de sécheresse et de retrait-gonflement des argiles. La température moyenne a déjà augmenté de 1°C au cours du XX° siècle.
Eau et milieux aquatiques :
Vingt bassins hydrographiques sont surexploités, notamment sur la moitié ouest du territoire métropolitain. L’été, il est souvent nécessaire de limiter la consommation d’eau en Île de France et en Provence. La pollution de l’eau par les nitrates et les pesticides est généralisée, mais commence à décroître. Les populations de poissons de rivière ne cessent de diminuer. En France, les inondations sont les plus fréquentes des catastrophes « naturelles ». Elles sont aggravées par l’imperméabilisation des sols. Il y a eu 41 graves inondations en France au XX° siècle, dont 32 lors des deux dernières décennies.
Atmosphère :
La protection de la couche d’ozone contre les UVb, responsables de cancers, stagne depuis 1983, bien en-dessous du niveau de 1979. Les principaux fautifs sont les gaz chlorés issus de systèmes de refroidissement, qui sont rarement traités comme déchet spécial.
- Les émissions de dioxyde d’azote (NO2) augmentent dans le secteur du bâtiment. Ce gaz est fortement irritant pour les bronches, il est partiellement responsable des pluies acides et il est à l’origine de la pollution par l’ozone dans les villes.
Transports :
Les temps passés dans les transports s’allongent en raison de l’étalement urbain. Ce phénomène engendre de nouveaux besoins en infrastructures, une plus forte pollution automobile et des émissions de gaz à effet de serre.
N’est-il question que d’écologie ?
En dehors de leur impact sur la planète, les bâtiments, et surtout les bâtiments publics influencent l’urbanisation. Ils valorisent ou dégradent l’image d’un quartier, le confort ou la sécurité du voisinage. Les évolutions des usages peut les rendre facilement obsolètes ou inaccessibles aux personnes handicapées ou momentanément embarassées (charges, possettes, …). Enfin, s’ils ne sont pas pris en compte dès la conception, les coûts d’exploitation et de maintenance peuvent grever lourdement le budget des propriétaires.
Bruit :
60% de la population urbaine se déclare gênée par le bruit. 7 millions de personnes seraient exposées à des niveaux de bruits supérieurs à 65 dBA en journée.
Santé :
Plus de 3000 cancers dus au radon et 600 cas d’intoxication au plomb sont diagnostiqués chaque année. 2000 personnes par an meurent d’un cancer attribuable à l’amiante et 300 par intoxication au monoxyde de carbone. Ces quatre risques pour la santé dans les bâtiments sont les plus graves et les mieux connus ; ils ont donc été réglementés. Cependant, une étude achevée par l’observatoire de la qualité de l’air intérieur en 2006 montre une forte pollution de certains bâtiments par les moisissures, le formaldéhyde et les acariens.
Sécurité routière & accès :
Sur 80 000 accidents corporels par an, 55 000 ont lieu en milieu urbain, généralement à proximité de chez soi. Parmi ces blessés, 16 000 sont des mineurs et 8 300 des personnes de plus de 65 ans. 700 des personnes tuées chaque année sont des piétons ou des cyclistes.
Pérennité :
Selon les statistiques actuelles, un bâtiment neuf sur 25 fait l’objet d’une déclaration de sinistre au titre de la garantie décennale. Dans leur grande majorité, ces sinistres sont issus de défauts de conception ou d’exécution.
Entretien et maintenance :
Au total, les coûts d’entretien et de maintenance des bâtiments représentent trois fois le coût de la construction. On intègre dans ces coûts les consommations d’énergie et d’eau, les travaux d’aménagement et d’adaptation du bâtiment et les coûts de renouvellement des équipements.
Qu’est-ce qu’une construction durable ?
Une construction durable est une construction de qualité. Elle répond à de nombreux objectifs liés entre eux, parfois contradictoires. En se basant sur les 27 principes de la déclaration de Rio sur l’environnement et le développement, un bâtiment est durable, notamment : 1)s’il est conçu en pensant en priorité aux êtres humains (1° principe) ; 2)s’il est sain (1° principe) ; 3)s’il ne cause pas de dommage à l’environnement (2° principe) ; 4)s’il favorise le développement (3° principe) ; 5)s’il favorise l’innovation (9° principe). Les maîtres d’ouvrages qui souhaitent mettre en oeuvre une politique de développement durable ont donc à prendre en compte 4 familles d’objectifs : des objectifs de développement économique, de progrès social, de qualité d’usage et de protection et de mise en valeur de l’environnement.
| Objectifs économiques | Optimiser les coûts d’investissement |
| Optimiser les coûts de fonctionnement | |
| Favoriser l’innovation technique | |
| Créer des emplois locaux | |
| Objectifs sociaux | Rendre les services publics accessibles à tous |
| Créer ou renforcer une identité culturelle | |
| Créer des lieux de dialogue | |
| Favoriser l’insertion professionnelle | |
| Favoriser la solidarité | |
| Objectifs d’usage | Mettre en valeur le site & renvoyer une image attractive |
| Insérer le bâtiment dans son contexte urbain | |
| Organiser les espaces de façon fonctionnelle | |
| Créer un environnement sûr et sécurisé | |
| Créer un environnement sain | |
| Créer des espaces confortables | |
| Construire un bâtiment pérenne et techniquement fiable | |
| Objectifs environnementaux | Protéger, restaurer et mettre en valeur la qualité écologique du site |
| Réduire la consommation de ressources et de matières premières | |
| Réduire les pollutions |
En France, la démarche de construction environnementale la plus courante est celle qui a été promue par l’association HQE. Elle s’intéresse aux objectifs de protection de l’environnement et à plusieurs objectifs de qualité d’usage :
| Site et construction | 1. Relation du bâtiment avec son environnement immédiat |
| 2. Choix intégré des produits, systèmes et procédés de construction | |
| 3. Chantier à faible impact environnemental | |
| Gestion | 4. Gestion de l’énergie |
| 5. Gestion de l’eau | |
| 6. Gestion des déchets d’activités | |
| 7. Maintenance – Pérennité des performances environnementales | |
| Confort | 8. Confort hygrothermique |
| 9. Confort acoustique | |
| 10. Confort visuel | |
| Santé | 11. Confort olfactif |
| 12. Qualité sanitaire des espaces | |
| 13. Qualité sanitaire de l’air | |
| 14. Qualité sanitaire de l’eau |
Donner la possibilité de choisir au maître d’ouvrage
Comme les objectifs peuvent se révéler contradictoires, le maître d’ouvrage public doit fixer ses priorités. Elles dépendront 1) de ses engagements politiques, 2) du contexte urbain, 3) de l’usage prévisible du bâtiment et 4) des budgets d’investissement et d’exploitation. Plus les priorités sont fixées en amont, plus il sera facile de les atteindre à moindres coûts. Suivre une démarche de construction durable ne modifie pas fondamentalement la gestion d’un projet de construction publique. Il n’y a, en principe, pas de prestataire supplémentaire. La démarche reste basée sur cinq étapes comprenant une étude de faisabilité, une étude de programmation, puis des phases de conception, de chantier et de mise en service. Le principe est toujours de permettre au maître d’ouvrage de prendre des décisions, de fixer des exigences et de veiller à leur application. Un bâtiment est un objet techniquement élaboré. Comme chaque projet est unique, en raison du site et de l’usage, faire construire est un acte compliqué pour un maître d’ouvrage non professionnel. Il a donc besoin de se faire assisté par des personnes expérimentés : conducteur d’opération, programmiste et éventuellement un assistant technique et environnemental. La prestation de maîtrise d’oeuvre doit systématiquement comprendre certaines études : diagnostic de site, étude de choix énergétique, étude de l’éclairage naturel, etc. C’est une condition essentielle pour que le maître d’ouvrage puisse choisir les meilleures solutions architecturales selon leurs performances et leur coût global.
Optimiser le coût global
En moyenne, si on considère une durée de vie de 75 ans, un bâtiment coûte trois fois plus cher lors de son exploitation que lors de sa construction. On perçoit donc facilement l’intérêt d’investir plus lors de la construction pour diminuer les charges d’exploitation. C’est ce qu’on appelle le raisonnement en coût global. Des banques soutiennent ce raisonnement et mettent en place des prêts bonifiés. Pour elles, le principe est qu’en diminuant les coûts d’exploitation le maître d’ouvrage peut rembourser plus facilement les mensualités de son emprunt. Pour certains domaines techniques, le maître d’ouvrage peut demander un calcul en coût global au maître d’oeuvre. C’est généralement le cas pour l’énergie et l’eau : le maître d’oeuvre étudie plusieurs solutions techniques, leurs performances, leurs coûts d’investissement et d’exploitation sur 25 ans et le temps de retour. Ces études ont évidemment un coût, quelques milliers d’euros, mais il est généralement négligeable devant le coût de l’opération.
- un programme détaillé et approuvé par tous, qui ne sera pas modifié par la suite ;
- le dialogue avec les entreprises lors des consultations (variantes, négociation) ;
- le tri des déchets de chantier ;
- la déconstruction des ouvrages existants sur le site ;
- les techniques alternatives de gestion des eaux pluviales ;
- certains systèmes d’éclairage.
Ce qui va diminuer les coûts de fonctionnement :
- des matériaux résistants ;
- des appareils pour économiser l’eau et l’énergie ;
- la production d’énergie renouvelables ;
- des dispositifs de sûreté ;
- la fonctionnalité des espaces.
Ce qui ne coûtera pas plus cher :
- une conception bioclimatique ;
- la prise en compte du confort ;
- certains matériaux et produits moins polluants.
Votre contact : mep.certu@developpement-durable.gouv.fr








