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La vulnérabilité des réseaux urbains aux inondations

Environnement Certu   13-02-2003

Réduire la vulnérabilité des réseaux urbains aux risques naturels est un objectif poursuivi pour lui-même sans doute, mais aussi et peut-être surtout pour contribuer à améliorer la gestion de crise. C’est ce que nous montre un recueil d’expériences que nous avons mené à la demande du Ministère de l’écologie et du développement durable auprès de collectivités locales et de gestionnaires de réseaux (photo : Services Techniques de la Ville de Mâcon).

Cette communication a été faite par Francis Dégardin à la " Rencontre Nationale Inondations : des outils pour une lutte efficace ", le 12 décembre 2002, organisée par le Réseau IDEAL et le Conseil Général du Loiret

1. Vulnérabilité des réseaux et vulnérabilité des usagersLes multiples réseaux qui innervent la ville sont atteints de façon directe par les inondations. Ils sont détruits partiellement : une chaussée est emportée, une conduite s’effondre et se rompt. Ils sont aussi dégradés temporairement par l’humidité et la boue : les câbles enterrés et les branchements électriques ou téléphoniques, mais aussi la voirie sont temporairement hors d’usage. Notons bien que les points centraux subissent aussi ces dommages et que leur atteinte provoque généralement l’arrêt du service : centraux téléphoniques, captages d’alimentation en eau potable, transformateurs électriques souvent enterrés en ville, armoires de branchement, etc. Les dommages directs aux réseaux urbains sont difficiles à estimer ; les réparations ne sont chiffrées que de façon ponctuelle. L’impression d’ensemble est que ces coûts sont limités par rapport à l’ensemble des travaux d’entretien et de rénovation que les gestionnaires entreprennent sur leurs réseaux. Il en est de même pour les pertes de chiffres d’affaire liées aux arrêts de service même en cas de réparations prolongées : ces pertes sont faibles par rapport à l’activité de l’ensemble du réseau concerné. Par contre les interruptions de desserte sont très vivement ressenties dans le cadre de la gestion de crise. Le système d’observation et d’annonce de la crue est plus ou moins dépendant de l’alimentation électrique et des communications téléphoniques, même si des moyens de substitution sont mis en place. Bien des agglomérations sont coupées en deux par une inondation exceptionnelle ce qui complique énormément l’organisation des secours. L’alimentation en eau potable est souvent interrompue du fait de pollution au niveau du captage ou du réseau. La plupart des activités qui seraient encore possibles en limite de zone inondable sont arrêtées faute d’électricité. Nous avons relevé que la plupart des gestionnaires de réseau sont très sensibles à ces interruptions de service et y attachent même plus d’importance qu’aux dommages directs qu’ils subissent et réparent. Dès lors qu’ils ont été sinistrés, ils sont très demandeurs d’information sur le risque d’inondation qu’ils méconnaissaient auparavant. Ils souhaitent alors non seulement réparer et remettre en service leurs installations mais aussi prendre des mesures pour réduire leur vulnérabilité et surtout pour éviter des interruptions nouvelles.

2. Réduire la vulnérabilité des réseaux Les moyens employés pour réduire la vulnérabilité des réseaux aux inondations sont relativement classiques : ils consistent pour la plupart à mettre hors d’eau les installations sensibles. La surélévation est utilisée pour les transformateurs électriques, les armoires de branchement et les branchements individuels électriques et téléphoniques, les têtes de puits et les usines d’alimentation en eau potable ; relevons toutefois quelle n’est pas forcément la bonne solution pour la voirie car elle peut créer un obstacle à l’écoulement. Pour les parties enterrées, on recherche l’étanchéité par protection des câbles eux-mêmes ou par mise en pression des conduites (eau potable et gaz) ou des gaines contenant les câbles (téléphone). Le maillage des réseaux, souvent établi pour d’autres raisons, est aussi un moyen de subvenir aux défaillances liées aux inondations (alimentation en eau potable, électricité) ; il est régulièrement utilisé pour rétablir les communications routières, parfois avec de très longs détours. Là encore nous manquons d’estimation générale et ne disposons que d’évaluations isolées ou confondues avec des travaux de réparation. Nous pouvons tout au plus induire que les surélévations sont peu coûteuses, du moins tant qu’elles restent dans des limites raisonnables ; par contre la réalisation d’étanchéité est un investissement non négligeable dans la mesure où elle nécessite la pose de nouveaux câbles ou de nouvelles gaines. Le maillage, également très coûteux, est généralement mis en œuvre ,nous l’avons dit, pour subvenir à d’autres défaillances que celle liée au seul risque naturel. Dans tous les cas la réduction de la vulnérabilité devient marginale lorsqu’elle est intégrée à la construction même de l’ouvrage, au point de disparaître pratiquement dans l’ensemble des coûts (exemple des captages d’eau potable de Lyon). La mise en place de moyens de substitution est largement employée en période de crise. Pour la voirie, en pays de crues lentes et prolongées, ce sont les passerelles sur parpaings ou sur tréteaux métalliques pour les piétons, voire un pont de planches et de charpente pour les voitures au centre de Saintes. Les établissements sensibles disposent de groupes électrogènes qui leur permettent en principe d’assurer leurs besoins vitaux. On peut encore citer l’alimentation en eau potable par citernes et plus souvent par palettes de bouteilles d’eau minérales. Mais tout cela reste, on le voit bien, limité en quantité et en qualité de desserte.

3. Associer les gestionnaires de réseaux à la prévention des risques et à la gestion de crise A la suite des entretiens que nous avons menés, le plus souvent avec les collectivités locales et les gestionnaires des réseaux urbains réunis, nous voulons insister sur la nécessité d’associer ces derniers à la prévention des risques et à la gestion de crise. Informer les gestionnaires sur le risque d’inondation leur permet de réduire les atteintes à leurs propres réseaux en prenant des mesures adéquates. Une bonne connaissance de l’extension et des cotes d’inondation leur donne la possibilité d’intégrer la prévention des risques à l’occasion d’entretien lourd, de rénovation ou, a fortiori, lors de la construction. Une réduction des défaillances amènera une diminution des dommages directs et des pertes d’exploitation ; elle permettra aussi une meilleure contribution des réseaux à la gestion de crise. Cette forme de prévention des risques est pratiquée surtout après les inondations, il est vrai. Mais -mieux vaut tard que jamais- elle se révèle particulièrement efficace (opérations sur la Saône et la Moselle à la suite des inondations de 1982-83 et performances en 2001 et 1999). Associer les gestionnaires de réseau à la gestion de crise elle-même est un moyen puissant d’améliorer cette gestion. La collectivité et ces opérateurs peuvent ensemble prévoir les défaillances des différents réseaux au fur et à mesure de la montée des eaux, assurer les fermetures et coupures appropriées, mettre en place dans l’ordre et à bon escient les moyens de substitution. La Ville de Mâcon (71) tire parti d’une expérience répétitive des inondations en faisant participer les gestionnaires de ses réseaux à sa cellule de crise ; elle obtient ainsi une réponse affinée aux besoins de sa population et assure un retour plus rapide à la normale.

La réduction de la vulnérabilité des réseaux aux inondations bénéficie en quelque sorte d’une convergence favorable : la demande des gestionnaires rejoint le souci des collectivités locales pour la pérennisation des usages et la sécurité des riverains. Leur association étroite permet d’améliorer fortement la gestion de crise.

Pour en savoir plus …

Certu, 2002. Vulnérabilité des réseaux urbains et gestion de crise. Exemple de l’inondation de mars 2001 à Lyon et Mâcon. Rapport d’étude téléchargeable sur le site du Certu.







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