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Place à la biodiversité urbaine!

Certu, groupe Air Bruit Nature, Jérôme Champres   24-10-2012

Les villes sont témoins d’une biodiversité ordinaire, ou remarquable à l’image des milieux avec lesquels elle crée de nouveaux biotopes. Les chercheurs constatent qu’une faune et une flore s’adaptent aux conditions urbaines, transforment ses comportements et ses morphologies. Comment intégrer ces enjeux de biodiversité dans nos villes ?

Biodiversité urbaine, deux mots qui semblent antinomiques. Pourtant, bien avant l’existence du mot « biodiversité [1] », ville et nature connaissent des rapprochements. En 1898, l’urbaniste britannique Ebenezer Howard propose ainsi une réconciliation ville-nature dans son concept de « cités jardins ». La cité-jardin associe alors les avantages de la ville et de la campagne. Un grand soin est donné aux espaces publics, largement plantés et arborés. Aujourd’hui, quatre causes principales érodent la biodiversité : l’artificialisation des sols, la surexploitation des ressources naturelles, le changement climatique et l’introduction d’espèces invasives.

Mailler la ville avec la trame verte et bleue

Désormais, plus de la moitié de la population mondiale réside en ville [2]. La biodiversité est partout présente y compris dans les milieux fortement anthropisés. Cette biodiversité urbaine fait l’objet d’études récentes, mais elle reste encore largement méconnue. Issue du Grenelle de l’environnement, le projet de réalisation d’une trame verte et bleue urbaine est prioritaire dans la lutte contre l’érosion de la biodiversité. Le principe est de reconnecter faune et flore urbaine avec les espaces naturels à l’extérieur des villes. Cette trame permet ainsi d’assurer les échanges et les fonctionnalités écologiques et paysagères du territoire.

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La gestion extensive de l’espace public le long de jardins familiaux dans un quartier populaire de Berlin. Les fosses des pieds d’arbres sont reliées afin de former une bande continue en terre, qui spontanément se végétalise.

Bénéficier des services offerts par le végétal

L’homme tire de la nature des services écologiques gratuits pour son bien-être comme l’agriculture, l’épuration de l’air et de l’eau. Les végétaux en ville offrent, eux aussi, des services aux citadins. L’idée est d’intégrer et développer systématiquement ces services aux aménagements :

  • s’adapter aux changements climatiques. La ville de Chicago lutte contre les îlots de chaleur urbains en augmentant les surfaces végétalisées (arbres d’alignements, toitures plantées). Depuis des décennies, l’architecture bioclimatique assure un confort thermique dans des bâtiments avec le végétal en protection et ombrage.
  • réguler les eaux de pluies superficielles et limiter le ruissellement en favorisant les infiltrations dans les fosses des arbres.
  • protéger la santé des citadins. Certaines végétaux aquatiques comme les roseaux sont utilisés dans l’épuration des eaux. Les feuilles des arbres ont la capacité de filtrer les poussières atmosphériques tout en permettant d’augmenter sensiblement l’humidité de l’air.
  • profiter des espaces verts de la ville. La valeur esthétique et psychologique du végétal est indispensable au bien-être des habitants.

Aménager avec le végétal

Les habitants expriment un besoin de nature en ville [3]. Ce besoin social permet à la fois d’agir sur des projets et de repenser la place du végétal en ville :

  • végétaliser les pieds d’arbres. Les pratiques « zéro-phyto » permettent aux pieds d’arbres d’alignement de se végétaliser naturellement. Pourquoi ne pas les élargir, voire les relier et les mettre en réseau ?
  • enrichir les plantations avec des essences nouvelles. Les monocultures d’ormes et de platanes ont favorisé la diffusion de maladies – la maladie du chancre coloré du Platane, la graphiose de l’orme – ce qui a décimé le patrimoine végétal de nombreuses villes. Expérimenter de nouvelles essences, chamarrer les plantations permet de limiter la propagation de ces maladies. La richesse des plantations permet également d’enrichir la biodiversité avec de nouvelles associations faune-flore.
  • diversifier les espèces, c’est aussi offrir au citadin d’autres ambiances. Chaque essence possède un port particulier, une ombre plus ou moins tamisée, une couleur des feuilles et des textures qui la distinguent des autres.
  • trouver les essences adaptées au climat de demain. Face aux changements climatiques, il est urgent d’envisager des expérimentations in-situ d’essences nouvelles plus résistantes à la sécheresse et à des températures extrêmes.

Lyon expérimente les micro-implantations florales dans les rues

La ville de Lyon a expérimenté des micro-implantations florales (MIF) sur les trottoirs de certains quartiers. Des micro-fosses sont percées à même le goudron au pied d’un mur ou contre une cabine téléphonique. Un peu de terre est ajouté, des vivaces sont plantées et des annuelles semées avec la complicité d’associations et de riverains. Ces interventions évitent l’emploi de jardinières encombrantes sur les trottoirs. Ces interventions modestes et peu coûteuses apportent une touche de nature dans les rues étroites de l’hypercentre et contribuent à établir des relais pour la biodiversité.

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Un exemple de micro implantation florale dans le 1er arrondissement de la ville de Lyon. Ce modeste aménagement participe au changement de regard du citadin sur la nature en ville.

Jardiner en ville est une demande sociale forte. Depuis quelques années, des friches sont investies à la demande d’associations, pour la création de jardins familiaux ou de jardins partagés, liés à des projets éducatif ou d’insertion.

Renouveler les pratiques de gestion des espaces verts

Le service des espaces verts des communes utilise des produits phytosanitaires pour l’entretien des trottoirs, de la voirie, des parcs et jardins, des terrains de sports, des cimetières, etc. Ces pesticides présentent des risques avérés pour l’environnement et la santé humaine. De nombreuses communes se sont engagées dans la réduction, voire l’abandon total de ces produits. Des opérations appelées « zéro-phyto ». Ces nouvelles pratiques s’accompagnent d’une évolution profonde de l’image de la nature en ville chez les gestionnaires comme chez les citadins. Aussi, ce changement d’ordre culturel nécessite des formations à l’attention des agents techniques. Des campagnes de communication envers le grand public sont également organisées. Ces nouvelles pratiques de gestion sont respectueuses de l’environnement et tiennent compte de la diversité des espaces gérés. Elles permettent d’imaginer des projets ambitieux de nature en ville.

L’enjeu de la biodiversité urbaine devient incontournable dans les villes. Les actions qui tentent de répondre à cet enjeu ne sont pas anodines. Gestionnaires et habitants doivent changer leur regard sur le rapport ville-nature. D’une trame verte et bleue régionale, à des micro-implantations florales de rues, les réponses à l’enjeu de la biodiversité urbaine sont nombreuses et permettent d’agir à plusieurs échelles.

Les décideurs, les collectivités, se heurtent cependant à deux problèmes majeurs : quels sont les interactions liant les milieux et les espèces en ville ? Quels indicateurs de biodiversité faut-il mettre en place ? Des études et des expérimentations sont actuellement en cours pour combler le manque de connaissances en matière de biodiversité urbaine.

Article paru dans la revue "Techni.Cités" n°205 du 8 mars 2011, pages 20 et 21.

Pour en savoir plus

Illustration - couverture de l'ouvrage "Aménager avec le végétal" (lien vers www.certu-catalogue.fr)

Aménager avec le végétal, pour des espaces verts durables, édition du Certu, 2010

Aggéri Gaëlle, Inventer les villes-natures de demain. Gestion différenciée, gestion durable des espaces verts, éditions Educagri, 2010

Clergeau Philippe, Une écologie du paysage urbain, éditions Apogée, 2007.

[1] Le mot « biodiversité » vient de la contraction de « diversité biologique ». Ce concept a été inventé à partir des travaux du biologiste américain Edward O. Wilson en 1986.

[2] Source ONU, Note n°6144, 22 avril 2008

[3] BOUTEFEU, Emmanuel, la demande sociale de nature en ville, revue URBIA, les cahiers du développement urbain durable, n°8, juin 2009, Urbanisme végétal et agriurbanisme, p. 21-38.







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