Quels liens entre végétaux, pollens et santé publique ?
Emmanuel Boutefeu 07-10-2011
En introduisant des végétaux dans les villes et villages, l’homme modifie son environnement et agit sur le paysage. Mais en multipliant les plantes émettrices de pollens allergènes (cyprès, ambroisie, graminées), et en plantant des arbres dont le potentiel allergisant est plus élevé que d’autres (bouleau, olivier, platane), il contribue au développement des allergies respiratoires.
L’allergie aux pollens ou pollinose, appelée communément « rhume des foins » est une affection saisonnière liée à la présence de pollens de graminées, d’arbres et d’arbustes, transportés par les vents, et qui parviennent par inhalation jusqu’aux muqueuses des sinus et des poumons provoquant des troubles respiratoires et des allergies chez certaines personnes sensibles.
Un phénomène en forte hausse
Au cours des vingt dernières années, les professionnels de la santé publique estiment que la prévalence des allergies au pollen a doublé en France : 15 à 20 % de la population présentent des pathologies, comme par exemple des rhinites, conjonctivites, des complications bronchiques (asthme) et cutanées (eczéma). De plus, des effets collatéraux du « rhume des foins » tels que des otites, sinusites et bronchites, sont imputables à des réactions allergiques au contact des pollens « agressifs ». En outre, la pollinose occasionne une grande fatigue et des insomnies se traduisant par de l’absentéisme scolaire ou professionnel. Le nombre croissant d’allergies au pollen constitue une réelle préoccupation du plan national santé et environnement (2009-2013). En intervenant sur le paysage végétal et sur la qualité de l’air, l’homme peut améliorer la santé des personnes vulnérables vis-à-vis de certains pollens allergisants.
Réduire la pollution atmosphérique particulaire
L’amélioration des données épidémiologiques des pollinoses établies par le réseau national de surveillance aérobiologique (RNSA) et le suivi de la qualité de l’air par les associations agréées de surveillance de la qualité de l’air (AASQA) ont permis de mettre en évidence des liens de cause à effet entre la taille des particules en suspension dans l’air - PM10 (PM ≤ 10 µm ), PM2,5 , dites fines (PM ≤ 2,5 µm) et ultrafines (PM ≤ 0,1 µm) - et le développement des maladies allergiques, notamment de nouveaux cas d’asthme et de rhinite. Après combustion du gazole, les particules émises par les moteurs diesel (DEP) sont de 30 à 100 fois plus nombreuses que celles diffusées par les moteurs à essence. Les DEP contribuent pour 55,6 % des particules respirables, et elles ont tendance à s’agréger en fines particules de 0,1 à 0,5 µm de diamètre, générant des composés carbonés sur lesquels des substances chimiques, des éléments traces métalliques (ETM) et des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) s’agglomèrent les uns aux autres. De nombreuses études sanitaires soulignent les effets allergiques des particules ultrafines au niveau des tissus pulmonaires. Comparables à des adjuvants, elles exacerberaient les cellules épithéliales provoquant des réactions inflammatoires interagissant avec le système immunitaire d’autant plus que le nombre de particules inhalées et les surfaces de contact avec les alvéoles pulmonaires et les muqueuses seraient importants.
Liaisons dangereuses
Des interactions entre les particules de poussières fines et les pollens (particules organiques) ont été précisées dans la littérature spécialisée. Ainsi, les pollens peuvent être recouverts de divers polluants et leur teneur en allergènes modifiés, ce qui peut renforcer leur action. C’est la nature des protéines et leur quantité qui sont responsables des allergies. Des chercheurs de l’université de Munich ont démontré, via des expérimentations en laboratoire, que les grains de pollen contenant des protéines et des glycoprotéines sont modifiés dans l’air pollué par les oxydes nitriques et par l’ozone (nitration) et qu’ils risquent de provoquer plus facilement des allergies. Les oxydes nitriques et l’ozone sont des composants du smog estival relevant de la circulation motorisée. Si ces composés sont présents dans l’atmosphère à de fortes concentrations, les allergologues observent en général une aggravation des troubles chez les personnes souffrant d’une allergie aux pollens. En effet, de plus en plus de réactions croisées sont observées entre des allergènes de différentes origines, parfois même éloignées, comme par exemple, entre les pollens des bouleaux, des aulnes et des noisetiers et l’ingestion de fruits à pépin et à noyau (pomme, poire, prune, abricot…) ou de fruits secs (noisette, noix, amande).
| Genre | Nom commun | Potentiel allergisant | Taille des pollens | Abondance dans les capteurs | Période de pollinisation |
|---|---|---|---|---|---|
| Alnus | Aulne | Moyen | 30 µm, bonne dispersion | 2/3 | Février |
| Betula | Bouleau | Fort | 20 µm, très bonne dispersion | 3/3 | Avril |
| Carpinus | Charme | Moyen | 40 µm, dispersion moyenne | 2/3 | Mars à avril |
| Corylus | Noisetier | Fort | 20 µm, très bonne dispersion | 2/3 | Février à mars |
| Cupressus | Cyprès | Fort | 35 µm, dispersion moyenne | 3/3 | Janvier à avril |
| Fraxinus | Frêne | Moyen | 25 µm, bonne dispersion | 3/3 | Avril à mai |
| Olea | Olivier | Moyen | 25 µm, bonne dispersion | 2/3 en PACA | Mai à juin |
| Populus | Peuplier | Faible | 30 µm, bonne dispersion | 3/3 | Avril |
| Platanus | Platane | Fort | 20 µm, très bonne dispersion | 3/3 | Avril à mai |
| Quercus | Chêne | Fort | De 30 à 40 µm, dispersion moyenne | 2/3 | Avril à juin |
| Salix | Saule | Faible | 19 µm, très bonne dispersion | 2/4 | Avril à mai |
Diversifier la palette végétale
Des conseils et des recommandations sont prodigués par le réseau national de surveillance aérobiologique aux services concepteurs d’espaces verts, paysagistes, gestionnaires de parcs publics et de jardins privés.
Afin de limiter les risques liés à des plantes allergènes avérées, notamment l’ambroisie (Ambrosia artemisiifolia) dont le potentiel allergisant est très fort, des campagnes d’arrachage et d’élimination de cette plante invasive sont régulièrement organisées par les services techniques des villes et villages, y compris dans les espaces verts intérieurs privés, les terres agricoles, les dépendances vertes des aéroports, les friches et les terrains vagues.
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| Pour en savoir plus |
La première mesure pour abaisser le risque allergique consiste à diversifier la palette végétale dans les aménagements paysagers et les projets de végétalisation. L’emploi excessif et souvent exclusif de plantes allergènes dans les haies mono-spécifiques des tissus pavillonnaires, des jardins et des squares (cyprès, thuya, troène, charme) accentuent les allergies individuelles de proximité. La diversification végétale permet de diminuer la concentration des pollens d’une même espèce allergisante. Or, le déclenchement des phénomènes allergiques est lié à la quantité des pollens disséminés dans l’air que les capteurs polliniques sont capables de mesurer dans le temps et dans l’espace.
Les cyprès, les bouleaux, les charmes et les noisetiers, exhibent des potentiels allergisants élevés à cause des grains pollens de petite taille (< 35 µm) qui sont produits en grande quantité et facilement transportés par le vent durant toute la durée de pollinisation (pollens anémophiles). En privilégiant les plantes à fleurs dont les pollens sont transportés par les insectes (pollens entomophiles), les manifestations allergiques sont limitées et circonscrites. De même, certains arbres, comme les platanes, chênes, peupliers, châtaigniers, pins, oliviers sont des essences à surveiller dans les régions naturellement très exposées en limitant leur présence. Des cartes de répartition du risque allergique par espèces et par familles de plantes (taxons) sont tenues à jour par le RNSA : elles permettent de situer les aires de répartition des végétaux allergènes à l’intérieur desquelles il est conseillé de ne pas augmenter leur multiplication ou de limiter la production des pollens (taille régulière, entretien préventif et curatif).
Moins de risque allergène, plus de diversité végétale
70 % des individus allergiques au pollen réagissent aux pollens des graminées (Poacées). Ce sont surtout les graminées des prés à fourrage, comme par exemple le fléole des prés (Phleum pratense), le dactyle aggloméré (Dactylis glomerata), l’avoine élevée (Arrhenatherum elatius) et le ray-grass anglais ou le ray-grass d’Italie (Lolium perenne et L. multiflorum) qui sont responsables des principales pollinoses. Pour freiner la pollinisation des plantes herbacées, il importe de tondre les pelouses et de faucher les prairies hautes avant qu’elles ne fructifient.
Les objectifs de réduction de l’allergie rejoignent ceux d’une bonne gestion des espaces verts : en limitant la part des plantes allergènes dans un aménagement, on diminue le risque, tout en renforçant la diversité du patrimoine végétal nettement moins sensible à une épidémie. De plus, on améliore les ambiances favorables à la biodiversité et au cadre de vie des habitants.










