Ne plus tenir la nature hors la ville
BOUTEFEU Emmanuel 11-12-2007
En traçant le périmètre des 354 aires urbaines en 1999, l’Insee souligne que l’espace à dominante urbaine concentre les trois quarts de la population française, soit 48 millions de personnes. Aujourd’hui, quatre Français sur cinq habitent dans une pôle urbain (ville comptant au minimum 5 000 emplois). L’ancienne opposition ville-campagne s’estompe progressivement au profit d’une nouvelle ligne de partage entre l’artifice et la nature (1).
Vivre au contact de la nature
Dès la naissance du premier enfant, les jeunes ménages, les familles à l’étroit dans leur appartement quittent les villes centres ou les banlieues fortement urbanisées pour les couronnes périurbaines vertes, calmes et aérées, afin d’occuper des logements plus spacieux et accéder à la maison individuelle dotée d’un jardin.
Insécurité, stress, pollution, cherté du logement, anonymat sont les maux couramment évoqués par les « accourus », c’est-à-dire d’anciens citadins en mal de verdure qui décident de réaliser leur rêve et de vivre à la campagne. Quatre motivations sont fréquemment évoquées par ces nouveaux migrants :
- la recherche d’une meilleure qualité de vie qu’il ne trouve plus en ville ;
- l’envie d’habiter une maison attenante à un jardin privatif, bien exposée, protégée des bruits extérieurs et des nuisances urbaines ;
- le souhait de vivre dans un village authentique bénéficiant de toutes les commodités, proche d’une ville rapidement accessible ;
- le désir de retrouver ses lointaines racines rurales et de maintenir un lien fécond avec la nature.
La nature antidote de l’artifice
Faute de pouvoir disposer d’espaces verts en nombre suffisant, les citadins sont prêts à consacrer des budgets élevés, parcourir de longues distances, donner de leur temps pour s’adonner à la nature. Se « mettre au vert » est devenu un phénomène de société ; c’est même un des moteurs de l’étalement urbain. D’où l’intérêt d’augmenter fortement la présence de nature en ville, - les arbres, les fleurs, les plans d’eau -, si l’on veut freiner, voire infléchir les trajectoires résidentielles des ménages vers le périurbain.
Mettre de la nature dans la ville
De prime abord, le cas paraît simple à résoudre : il suffit de « jardiner » la ville en ouvrant au public plus de parcs et de jardins. Depuis les années quatre-vingts, certaines villes, telles Rennes, Nantes, Orléans, Amiens, Metz ou encore Argenteuil ont pris la mesure des enjeux et se sont dotées de plans de renaturation, baptisés « plan vert », « gestion différenciée », « plan de végétalisation », « campagne urbaine ». En créant des continuités végétales, en diversifiant la conception des espaces verts, en adoptant des techniques d’entretien plus douces, modulées selon les quartiers et les pratiques des usagers, ces villes ont augmenté l’offre et la qualité des espaces verts disponibles.
Oser les paysages champêtres
Pour beaucoup de citadins, « les terrains verts sont des endroits pour faire joli, qui décorent la ville, mais ils ne sont pas la vraie nature ». D’aucuns attendent qu’à l’intérieur des parcs, des jardins ou des squares, on ne perçoive plus l’environnement urbain. L’espace vert doit faire oublier l’image d’une nature sophistiquée, gommer les lignes dures et agressives, aller vers un traitement plus naturel du végétal, plus libre, plus spontané.
Les perceptions de la nature sont en train de changer. L’imbrication des paysages ruraux et urbains modifie l’imaginaire et la relation à la nature et au naturel. Le retour à des compositions rustiques empruntées au monde rural, telles des bosquets forestiers, des prairies couvertes de fleurs sauvages (coquelicot, nielle des blés, marguerite), des mares à nénuphars font timidement leur apparition en ville. Et les réactions du public sont plutôt encourageantes. Ils en redemandent.
La vue d’un terrain vague ou d’une friche à hautes herbes n’a plus le même effet repoussoir qu’il y a vingt ans. L’introduction de graminées vivaces (Pennisetum, Calamagrostis, Spartina) sur des ronds-points, la plantation de bambous et de couvre-sols sur des plates-bandes séduisent de plus en plus de municipalités. D’autres redécouvrent que les arbustes sont de précieux auxiliaires pour remodeler des espaces délaissés et en faire des jardins de poche, proches des habitants. En raison de leur faible gabarit, les arbustes s’intègrent avec brio dans les emprises encombrées : un îlot directionnel, un pied de mur à l’aplomb d’un immeuble, une cour intérieure.
La nature : une valeur sûre
Même si la prise de conscience est tardive, de plus en plus de responsables sont convaincus qu’un cadre de vie peu attrayant et un environnement dégradé sont des handicaps lourds pour le développement durable d’une ville. Certes, on ne peut transformer l’urbain en ne travaillant que sur la palette végétale, sans faire l’économie d’une politique de rattrapage et de renforcement des espaces verts de proximité, quartier par quartier, rue par rue, avec des objectifs chiffrés. Le dernier recensement est éloquent : les villes vertes sont plébiscitées des Français et regagnent des habitants.
Pour en savoir plus :
- WERQUIN Ann Caroll, novembre 2007, Des villes vertes et bleues, de nouvelles infrastructures à planifier, Éditions PUCA-CERTU, 150 p.
- Valoriser les zones inondables dans l’aménagement urbain - Repères pour une nouvelle démarche, novembre 1999, Éditions CERTU, 213 p.
- Aménager des rivières en ville - Exemples et repères pour le montage d’opération, avril 2002, Collection Dossiers n°125 , Éditons CERTU, 162 p.
(1) article paru dans la revue Techni-Cités n° 28 du 23 avril 2002










