Les arbres en ville
Emmanuel Boutefeu et Pierre Viatte 15-10-2009
Avant d’aborder le rôle et la place des arbres en ville, en mettant l’accent sur de nouvelles formes de plantations, plus décontractées, et tout aussi plaisantes que les alignements géométriques, nous proposons de revenir sur l’histoire de leur introduction en milieu urbain.
1. Un peu d’histoire
Qu’elle est l’origine de la pratique des plantations d’arbres en ville ? Répondre à cette interrogation, nous amène à parler de l’héritage culturel que nous ont légué les civilisations méditerranéennes.
Les arbres évoquent le paradis
Après la mort du prophète Mahomet (632), l’islam connaît une expansion géographique rapide et importante, à cheval sur trois continents : l’Europe, l’Orient et l’Afrique du Nord. Les résidences construites par les califes, les émirs et les sultans les plus fortunés, disposaient de splendides jardins intérieurs privés dont les plans et les styles diffusent dans l’ensemble du bassin méditerranéen.
Le jardin islamique est un espace intime et un lieu inspiré pour lire le Coran dont certaines sourates font référence au Paradis qu’elles présentent sous les traits d’un jardin de délices « large comme le ciel et la terre ». À l’intérieur, les arbres sont célébrés pour leurs propriétés divines : les fruits savoureux qu’ils portent, leurs feuillages décoratifs, les délicats parfums qu’ils exhalent. Avec ses racines qui s’enfoncent dans la terre, tandis que sa tête s’élance dans l’azur, l’arbre est un ambassadeur idéal, entre le ciel et la terre. Pour obtenir le meilleur de la nature, les jardiniers installent des arbres toujours verts. Ainsi, les ligneux d’un vert foncé, de la couleur de l’islam, c’est-à-dire à feuilles persistantes, comme l’arbousier, le bigaradier, le cyprès, le laurier, le myrte « étaient plantés à l’exposition du soleil levant, à la proximité des portes, des bassins et réservoirs, en ligne droite, et par ordre, en se donnant bien de planter des arbres qui prennent un grand développement avec ceux qui s’élèvent peu1 ». Dotés d’une forte charge symbolique dans le pourtour méditerranéen, le figuier, le grenadier, l’olivier, le palmier-dattier et la vigne sont savamment disposés. Les orangers sont étêtés pour conserver la régularité des frondaisons tandis que les agrumes les plus rares sont taillés pour créer un couvert protecteur, offrant abri et fraîcheur, et répandre « l’ombre de Dieu sur terre ». Le raffinement du jardin islamique joint l’utile à l’agréable et force l’admiration des visiteurs et des chroniqueurs.
Les trocs de graines, de bulbes et de boutures, ont toujours existé entre les abbayes occidentales et les monastères levantins, les moines faisant office de passeur de culture. Ces clercs commercent dans la péninsule italienne, notamment en Toscane et Lombardie, et transmettent les techniques de l’irrigation, mais aussi leurs secrets de jardiniers et d’arboriculteurs. Le choix des arbres à introduire dans les jardins de cloître et les vergers médiévaux est largement redevable du patrimoine arboré islamique (arabe, turc, berbère, mongol et moghol). Ce fonds méditerranéen va se diversifier au gré des emprunts et des acclimations des arbres exotiques originaires du Nouveau Monde2.
Les arbres s’émancipent du jardin
C’est entre 1630 et 1700 que le jardin d’agrément, appelé « jardin de propreté » par Antoine-Joseph Dézallier d’Argenville, ou « jardin de plaisir » par André Mollet, se sépare du potager et se libère définitivement du verger. Dès lors, l’arbre quitte le jardin utilitaire et productif pour d’autres fortunes.
Il faut attendre l’influence décisive des Médicis, pour que des plantations d’arbres d’ornement soient tolérées hors des jardins, et que le modèle de l’allée-promenade s’impose à toute l’Europe. Catherine de Médicis fera planter les allées des Tuileries de sycomores, d’ormes et de sapins, tandis qu’en 1625, Marie de Médicis agrémente le jardin du Luxembourg de deux mille ormes adultes. Cette « intronisation » de l’arbre en ville se traduit, en premier lieu, par la création de l’allée-promenade, à l’exemple du cours italien (corso) qui permet une circulation rapide des carrosses et des chevaux, la tenue de manifestations, tournois de criquet, exhibitions mondaines.
Plus tard, les paysagistes tireront profit des allées cavalières pour créer des perspectives visuelles axées sur les fenêtres des pavillons de chasse, magnifier les entrées des châteaux et des manoirs, relier les grands domaines de chasse princiers. Les allées tracées aux abords des riches demeures acquièrent des arbres à grand développement, disposés en double ou triple rangées d’ormes et de tilleuls, qu’André Mollet nomme avenue : « des deux cotés de l’avenue, comme une garde d’honneur, les arbres s’ouvrent devant leur seigneur ; la vue doit être ouverte si tout le terrain visible appartient au maître de la maison, auquel cas la perspective satisfera son amour de la possession ». Comme le souligne Frank Debié : « Nous devons ce goût de l’arbre, comme celui de la promenade, à nos reines italiennes. Les avancées techniques du géomètre, ou de l’artilleur, qui se servent des mêmes instruments trigonométriques et optiques, permettent de donner aux allées une rectitude parfaite sur plusieurs kilomètres, quels que soient le terrain et ses accidents, d’en faire un extraordinaire facteur d’ordre et d’unification dans le désordre des forêts et des campagnes, des villes, et partant, une marque de progrès3 ».
André Le Nôtre apportera toute son érudition et sa créativité aux tracés des allées-promenades des jardins de Versailles dont celle du Grand Canal est exemplaire. L’influence de le Nôtre est considérable : le modèle de l’allée-promenade arborée va peu à peu structurer la voirie urbaine et définir les axes d’urbanisation d’un grand nombre de villes européennes.
Les arbres deviennent urbains
C’est à Jean-Charles Adolphe Alphand, ingénieur en chef des embellissements de la ville de Paris, sous le second Empire (1852-1870), que l’on doit la plus importante avancée et la plus ample déclinaison de l’arbre en ville à travers une politique de grands travaux conduite par le préfet Georges Eugène Haussmann, sous l’autorité de Napoléon III. Tous auront à cœur de faire entrer le végétal dans Paris, en aménageant des parcs, des squares, des places arborées, des avenues-plantées, pour aérer le tissu urbain et en chasser les miasmes. En élargissant les rues dont la largeur moyenne passe de 12 à 24 mètres, Alphand gagne de l’espace public qu’il valorise en plantant des alignements d’arbres, notamment des platanes qui étaient déjà appréciés pour leurs vertus purificatrices et assainissantes dans la Grèce antique ! « On doit, dit-il, considérer comme une nécessité la formation de larges voies et de surfaces plantées, assez rapprochées, pour ventiler ses masses de pierre qui semblent percées d’étroits couloirs. Autrefois, pour respirer un peu d’air pur et jouir du soleil, il fallait, ou gagner des promenades, ou même sortir de Paris ; aujourd’hui, les Parisiens ont à leur disposition des jardins répartis à peu près également dans tous les quartiers de la ville4 ».
Ainsi, les arbres sacrés des jardins islamiques, les allées-promenades arborées de la Renaissance, les arbres commémoratifs de la République, les boulevards et les avenues plantées du Second Empire nous ont laissé en héritage un art de planter et des arbres encore vivants aujourd’hui. Mais ce patrimoine arboré est trop souvent vieillissant. Profitons de son renouvellement pour enrichir et développer de nouvelles approches.
2. Poursuivre la tradition des alignements et développer de nouvelles formes de plantations
Si nos façons d’organiser la ville, de l’aménager et de l’embellir ont beaucoup progressé ces dernières années, notre vision de la place de l’arbre en ville a peu évolué alors que son emploi mérite d’être élargi et renouvelé.
Les arbres pour ordonner et structurer les espaces publics
Les arbres, régulièrement espacés et ordonnés le long des rues, structurent l’espace public et privé. Les alignements sont de prodigieux outils de composition urbaine pour créer des effets de perspectives monumentaux, marquer la hiérarchie du réseau viaire, organiser un paysage. La tradition des alignements d’arbres mono spécifique est tellement ancrée dans notre culture qu’il est difficile de concevoir des rangées d’arbres autrement que par des figures géométriques convenues. Pour autant, le long des rues et des espaces publics, dans les tissus urbains du quotidien, les alignements d’arbres doivent-ils toujours être constitués d’une même essence et apparaître comme une enfilade de sujets ne présentant qu’une seule tête ? Quand l’espace disponible le permet, ne peut-on s’autoriser à composer avec les irrégularités des frondaisons ?
Des alignements plus naturellement
Imaginons une rue où les alignements d’arbres seraient formés d’essences dont les silhouettes, les volumes, les jeux d’ombre et de lumière, les feuillages et les couleurs seraient savamment organisés ! Des alignements conçus avec une grande liberté ! En mélangeant les essences et en respectant le port naturel des arbres, le rendu final est à terme très différent de celui d’un alignement traditionnel, sans qu’il réduise pour autant le charme et le rôle structurant des arbres.
Cette voie d’un quartier de Montévidéo dispose d’une généreuse emprise : les plantations sont composées d’arbres de différentes espèces qui se développent librement sans contrainte de taille de formation. Dans certaines rues, les alignements mélangent allègrement les espèces arborées ; les différences de gabarit et de port donnent alors des paysages urbains forts étonnants.
Dans bien des situations, on peut éprouver l’envie d’introduire de la diversité, là ou l’habitude et nos réflexes nous poussent à s’enfermer dans des formes géométriques trop rigides. Ce n’est pas parce qu’une place est de forme carrée ou rectangulaire qu’il faut obligatoirement la coiffer d’une répétition de lignes d’arbres orthogonales afin qu’elles dessinent systématiquement un damier au sol. On peut très bien créer une implantation aléatoire des arbres pour obtenir une voûte aérienne homogène, y compris avec des sujets appartenant à des espèces différentes.
Des alignements plus souplement
La bande boisée est une forme de composition arborée encore trop peu utilisée en ville. Dès lors que l’espace disponible est suffisant, cette forme de plantation présente l’intérêt d’être structurante à l’échelle d’une voie ou d’un espace public linéaire. De plus, elle permet de ménager des points de vue très variés.
Pour l’automobiliste qui circule sur la voie que l’on devine à gauche, la bande boisée constitue un cordon végétal linéaire sensiblement identique à celui que produit un alignement d’arbres classiques. Pour l’habitant qui sort de son immeuble, sa vision est à peu près celle que cette photo tente de montrer.
Si la linéarité de la voirie conduit naturellement à aligner les arbres avec la rigueur géométrique habituelle, - et c’est bien évidemment ce qu’il y a de mieux à faire la plupart du temps -, il faut oser sortir de l’uniformité.
Les arbres pour maintenir des espaces de respiration
Il suffit de s’attarder sur des photos aériennes d’agglomérations pour s’apercevoir que la présence de boisements est fréquente dans l’urbanisation.
Des espaces boisés non urbanisés à protéger et à renforcer
Des espaces à caractère forestier subsistent ça et là dans les villes. Ce sont généralement des reliquats de milieux naturels, lambeaux de bois, friches boisées, vestiges de haies rurales, couvrant des terrains inconstructibles en raison des contraintes de relief, des risques d’inondations, et qui sont, le cas échéant, protégés dans les documents d’urbanisme au titre des espaces classés boisés (EBC). La densité et la superficie des espaces boisés sont variables d’une ville à l’autre. Ce sont d’excellents indicateurs du grain de verdure d’une ville. Ils marquent le paysage urbain, soulignent les coteaux, les buttes, les thalwegs, et accompagnent les rives des cours d’eau. Outre leur rôle de respiration dans le tissu urbain, ils constituent des ensembles arborés plus ou moins lâches, méritant non seulement d’être protégés, mais surtout d’être confortés spatialement, afin de contenir les débordements de l’urbanisation. Nombre de sites boisés prennent le statut de coulées vertes ou de ceintures vertes dans les documents d’urbanisme.
Des espaces urbanisés arborés à développer
Dans les effets bénéfiques à mettre au compte des arbres, il y a lieu de rappeler la capacité du végétal à lier et à relier les volumes bâtis. Lorsqu’ils sont en densité suffisante, la myriade d’arbres et d’arbustes présents dans les interstices non bâtis, les espaces verts des grands ensembles, les jardins des zones pavillonnaires, participent à cette nécessaire et indispensable respiration des quartiers. Des dispositions et règles d’urbanisme doivent être prises et mises en œuvre pour accompagner et soutenir l’expression des espaces arborés au cœur même des quartiers. Ne pourrait-on pas assortir le droit à construire d’une obligation à planter ?
Dans les quartiers anciens, les pleins dominent les vides, l’espace est fortement contraint, il laisse peu de possibilités de plantations. Dans les quartiers périphériques, c’est l’inverse. Les arbres peuvent alors fortement contribuer à l’aération et à l’oxygénation des quartiers.
Les arbres pour accompagner les usages
Le long des voies principales, les arbres sont soumis à une contrainte qu’il est important de rappeler. On doit obligatoirement maintenir au-dessus des voies un gabarit libre de tout obstacle physique et visuel pour ne pas occulter la signalisation routière, et permettre aux véhicules à grand gabarit, comme les poids lourds et les transports en commun, de circuler sans risque d’accrochage. Les plantations d’arbres sont presque partout conçues en ville pour laisser le libre passage sous leurs frondaisons, même si les servitudes de gabarit ne s’imposent pas partout.
Des arbres oui, mais aussi peu encombrants que possible
La majorité des arbres présentent un tronc unique dépourvu de branches latérales parfois sur une grande hauteur. Cela réduit évidemment au maximum l’encombrement des arbres au niveau du sol. Pour autant, la plantation d’arbres formés en cépée connaît un certain succès. Au lieu de ne présenter qu’un seul tronc, les cépées sont formées pour en avoir plusieurs. La frondaison peut même être portée par une touffe de jeunes tiges sortant de la souche d’un arbre coupé. Malgré cela, les cépées ne sont guère plus encombrantes que des troncs classiques.
On fait encore peu appel aux arbres formés en cépée. Le sujet ci-dessus est un arbre de judée. Même s’il n’est pas encore très grand, il laisse un passage suffisant pour les piétons et offre de surcroît un couvert qui va particulièrement bien avec le banc. Précisons que les cépées constituent une touffe de tiges de bois provenant d’une même souche.
Créer des lieux abrités
Les arbres ne sont pas les seuls végétaux dignes d’être plantés en ville. On peut également utiliser des arbustes et des végétaux plus petits. Pour créer des lieux de tranquillité, édifier des séparations entre des fonctions urbaines difficilement conciliables sans faire appel à des clôtures métalliques ou des murs maçonnés. On peut s’inspirer des haies végétales de nos campagnes et jouer avec la densité, l’opacité et la hauteur de la barrière végétale à mettre en place.
Plus encombrante mais tout aussi efficace qu’une grille, la haie figurant sur cette photo entoure une aire de jeux pour enfants. L’aire se situe tout près d’une école et occupe le centre d’un plus vaste espace public de cœur de quartier très animé.
Baliser le partage de la voirie
Au-delà des classiques terres-pleins centraux faisant appel aux arbres pour séparer les sens de circulation d’une voie, le partage de l’espace opéré sur les grandes voies dans l’optique de créer des couloirs de circulation indépendants de l’axe principal, comme les contre-allées par exemple, ne serait guère lisible sans les alignements d’arbres. L’effet de couloir produit par les troncs accentue leur visibilité. Là aussi, les arbres peuvent être utilisés seuls ou en association avec d’autres végétaux. Les combinaisons permettent d’augmenter les possibilités de différenciation des partages effectués et, dans les situations qui l’exigent, de rendre plus ou moins étanches les chemins de traverse des piétons grâce aux végétaux plus petits disposés aux pieds des arbres. Cette forme de balisage arboré est un excellent moyen pour confirmer visuellement la prédominance d’un site propre de transports en commun ou pour donner de l’importance à une voie verte quand elle est contiguë à la circulation des véhicules motorisés.
Cet axe principal doté de contre-allées constitue un bel exemple de partage franchement balisé par le végétal. Les alignements d’arbres bordant la chaussée centrale sont assortis d’un tapis de plantes vivaces signifiant clairement pour les piétons l’interdiction de traverser en dehors des passages réservés. Les alignements latéraux sont bien évidemment dépourvus de ces végétaux bas puisqu’ils sont entre le trottoir et la contre-allée.
Les arbres pour renouveler les ambiances et embellir les lieux
Un arbre en ville est porteur de valeurs et de sens que chacun peut apprécier en termes d’ambiance ressentie, de considération esthétique, d’insertion paysagère, de qualité de vie, de patrimoine arboré, de symbolique, d’histoire attachée à un lieu. Un arbre n’est jamais neutre. Avant d’illustrer le propos, il est bon de rappeler que le parti de planter des arbres s’avère une contribution majeure dans l’acte d’aménager la ville. Pour ce faire, un homme de l’art doit savoir parfaitement mobiliser les qualités d’un arbre.
Les arbres ont beaucoup d’atouts en main
La dimension et le port d’un arbre à l’âge adulte sont les premiers éléments à examiner. La hauteur des arbres arrivés à maturité va de trois à huit mètres pour les plus petits et à plus de vingt mètres pour les plus grands. Le port désigne la stature que développe spontanément un arbre. Certaines essences offrent des ramures qui s’étalent en largeur tandis que d’autres disposent de ramures qui s’étirent en hauteur. Et puis, il faut compter avec les cas exceptionnels : les arbres à port conique, pleureurs ou tortueux. Les pépinières offrent un grand choix de feuillus et de conifères, et bon nombre d’arbres peuvent être façonnés par des tailles de formation.
Les caractéristiques du feuillage constituent également une variable importante. Les feuilles filtrent plus ou moins la lumière et, de ce fait, elles procurent une ombre légère et douce ou à l’inverse favorisent un ombrage dense selon les espèces. En automne, les couleurs d’un tulipier, d’un sumac de Virginie ou d’un érable qui vont du jaune intense au rouge flamboyant, égayent admirablement les parcs et les jardins. De même, les senteurs qu’exhalent les aiguilles de pins, les fleurs des tilleuls embaument les rues. Au Japon, la floraison des cerisiers à fleurs est si importante que des jours fériés lui sont dédiés. Par leurs changements d’apparence, les arbres rythment les saisons avec lesquelles un projet de plantations se doit de composer.
Enfin, il ne faut jamais oublier que les arbres sont des êtres vivants. Ils naissent, se développent puis dépérissent avant de mourir. Il est donc utile de savoir à partir de quel moment les arbres pourront donner leur plein effet paysager et sur quelle durée.
Une ville plus agréable
Les arbres publics comme les arbres privés peuvent assez facilement améliorer les ambiances urbaines et qualifier un espace de leur seule présence. Ailleurs, ce sont les arbres privés qui assurent ce rôle. Parfois, l’environnement d’une place ou d’une rue est fortement marqué par la conjugaison et la complémentarité des deux à la fois.
Les photos qui suivent ont été prises dans le même quartier : les arbres créent un cadre agréable, mais de manière bien différente.
Les alignements de platanes coiffent la rue d’une voûte produisant une ambiance ombragée bienfaisante et appréciée en période estivale.
Les arbres des propriétés riveraines confèrent à la rue une ambiance différente de celle évoquée précédemment. Seuls les trottoirs sont ombragés quand le soleil est au plus haut .
Dans les quartiers en devenir, il est souhaitable d’encourager les plantations privées, notamment en bordure de voie par le biais des orientations paysagères des documents d’urbanisme et de prendre les dispositions qui s’imposent pour garantir le maintien des plantations existantes jugées intéressantes.
Les arbres embellissent les lieux ordinaires et magnifient les sites les plus prestigieux
Il est une forme de plantation d’arbres qui mérite une meilleure attention des aménageurs : le bosquet. En ville, lorsqu’un délaissé offre l’opportunité de réaliser une plantation en vue de créer un effet de masse, le bosquet a toute sa place.
Le bosquet figurant sur ce talus en bordure de voie est probablement le reste d’un ancien boisement ayant volontairement été conservé. Sur la partie droite du talus, de jeunes arbres vont bientôt étoffer cette masse boisée.
Les carrefours giratoires sont rarement plantés d’arbres de haute tige dans le but de créer une masse boisée compacte. De près, les troncs et les volutes du feuillage produisent un effet esthétique remarquable. De loin, les arbres créent un effet paysager signalant très bien la présence du carrefour à l’usager.
En matière d’embellissement et de mise en valeur des villes et des monuments par les arbres, les alignements restent bien entendu une forme dominante qui ne doit cependant pas nous empêcher d’innover.
Les valeurs sensibles qui sont associées à l’arbre
On ne saurait refermer ce volet sans évoquer les valeurs symboliques et identitaires que les arbres peuvent susciter. Les micocouliers font penser aux rues des villes du sud de la France, les platanes, aux places ombragées, les cèdres aux parcs des belles demeures du début du XXe siècle. L’histoire est parfois attachée à certaines essences comme les tilleuls plantés sous la révolution et dont il reste encore quelques témoins « les arbres de la liberté ».
Un bel exemple de politesse faite par les aménagements urbains à ce buis précieusement conservé. C’est sans doute sa valeur symbolique qui l’a sauvé.
Toute plantation d’arbres en ville ne devrait jamais être le résultat d’opérations réalisées, au coup par coup, pour verdir des projets d’aménagement de voirie indigents, ou pour apporter un « plus » paysager en fin de partie. Planter un arbre est un acte d’aménagement fort ; les objectifs doivent être clairement définis et raisonnés à partir d’une approche globale intégrant les évolutions urbaines propres aux différents projets d’aménagement. Cela implique que les interventions devant répondre à des objectifs de court terme, comme les réfections de voirie, doivent respecter les plantations existantes ou en devenir. Cela exige de coordonner l’ensemble des opérations qui sont indispensables à l’entretien et à la rénovation de l’espace public, au quotidien et sur le long terme. Le maître mot est d’anticiper les chantiers et travaux qui sont nécessaires au plein épanouissement des arbres plantés, sans perdre de vue le moment où il faudra penser à renouveler les arbres vieillissants.
Emmanuel Boutefeu et Pierre Viatte (Certu)
Bibliographie utilisée
1- BARIDON Michel, 1998, Les jardins – Paysagistes – Jardiniers - Poètes, Éditions Robert Laffont, collection Bouquins, citation de Ibn al Awwan (Traité du jardinage), p.249.
2- CORVOL Andrée, septembre 2005, Les arbres voyageurs, Éditions Robert Laffont, 350 p.
3- DEBIÉ Franck, février 1992, Jardins de capitales, une géographie des parcs et jardins publics de Paris, Londres, Vienne et Berlin, Éditions du Centre National de la Recherche Scientifique, 295 p.
4- ALPHAND Jean-Charles Adolphe, 1867-1873, Les promenades de Paris : histoire, description des embellissements, dépenses de création et d’entretien des Bois de Boulogne et de Vincennes : Champs-Élysées, parcs, squares, boulevards, places plantées : étude sur l’art des jardins et arboretum, Rothschild éditeur, réédité par Princeton Architectural Press, 1984.
Pour en savoir plus
BOUTEFEU Emmanuel, mars 2001, Composer avec la nature en ville, Éditions du Certu, 376 p.
VIATTE Pierre, avril 2002, Les plantations d’arbres en ville le long des rues et sur les places, Éditions du Certu, 60 p.
*Dossier paru dans la revue Techni-Cités n°157 daté du 23 octobre 2008, pp. 29-36.













