Le square : une valeur sûre
BOUTEFEU Emmanuel 06-12-2007
Quelles que soient les enquêtes d’opinion consultées, le square arrive toujours en tête des espaces publics le plus à même d’améliorer le cadre de vie des citadins (1).
Les Lyonnais souhaitent renforcer la présence de verdure à proximité de leur domicile. S’ils pouvaient transformer leur quartier, ils plébisciteraient le square fleuri toute l’année. C’est l’un des enseignements de l’enquête téléphonique " Certu ", réalisée du 21 janvier au 4 mars 2002, auprès d’un échantillon représentatif de 305 habitants, âgés de 18 ans et plus, de la communauté urbaine de Lyon (55 communes ; 1,2 million d’habitants). Cette enquête est l’occasion d’obtenir une photographie de la demande sociale de nature en ville allant des squares et des parcs urbains jusqu’aux espaces naturels et ruraux. Nous n’aborderons ici que le volet concernant les squares.
Le square est un espace public très prisé
Un Lyonnais sur deux se rend souvent dans un square (54 %), à raison d’une à deux fois par mois (32 %). 68 % des usagers interrogés y séjournent entre une demi-heure à deux heures, la moyenne étant d’une heure. Si l’été et le printemps obtiennent un meilleur score (62,7 %), le square est un espace public animé toute l’année, y compris durant la mauvaise saison (37,3 %). Les jours ouvrables, le square est essentiellement fréquenté par les femmes accompagnées d’enfants, notamment après la sortie des classes primaires, durant la tranche horaire 16h – 18h. On compte 65 % de femmes adultes parmi les utilisateurs du mercredi. Nos observations de terrain confirment d’ailleurs que lorsque les conditions météorologiques sont agréables, la proportion de femmes est plus élevée que les hommes : 65 % par beau temps (contre 48 % par temps maussade).
Pas plus de 10 minutes de marche pour se rendre dans un square
Le temps de déplacement qu’un Lyonnais est prêt à consentir pour aller dans un square est de l’ordre de 10 minutes : 7 visiteurs sur 10 y consacrent entre 1 et 10 minutes de trajet. La marche à pied demeure le mode de déplacement privilégié pour parcourir 2000 mètres. Ce budget-temps de déplacement de 10 minutes permet de mesurer le rayon d’attractivité d’un jardin public en centre-ville. Selon les chercheurs du Laboratoire d’économie des transports, toute boucle de longueur supérieure à 2000 mètres peut être transférée sur la voiture, l’équilibre s’opère entre 1960 et 2310 mètres, c’est-à-dire qu’une moitié des visiteurs vient à pied, l’autre en voiture. Ainsi, les jours ouvrables, 70 % des usagers du parc de la Tête d’Or (105 hectares) proviennent des communes riveraines de Lyon et Villeurbanne. En semaine, cet espace vert fonctionne à la manière d’un square : un tiers des usagers s’y rend à pied, ce qui confirme que son périmètre d’attractivité s’inscrit dans une couronne isochrone de 10 minutes, captant une clientèle de voisinage.
À la question de savoir quelles sont les raisons pour lesquelles un lyonnais boude le square, l’éloignement demeure le premier facteur limitant sa fréquentation (25,5 %). Un lyonnais sur quatre renonce à se détendre dans un square, faute de ne pas en avoir un suffisamment proche de son domicile. L’absence de square conjuguée à l’éloignement sont donc les deux premières causes de non fréquentation. On peut légitimement penser qu’une hausse de leur nombre permettrait de lever les critiques d’une « non-clientèle » plus ou moins indifférente à ce modèle d’espace vert. Mais d’autres éléments contraignants alimentent cette désaffection : le manque de temps arrive en seconde position (15,6 %), et 13,4 % des personnes interrogées précisent que le square est un espace vert qui ne les intéresse pas. Il existe une " non-clientèle absolue " qui ne se rend jamais dans un square pour des raisons d’ordre physique, psychologique ou moral : le fait de ne pas avoir d’enfants, l’âge avancé sont communément évoqués. En outre, des défauts d’aspect découragent certains Lyonnais : un square bondé, une pelouse souillée de crottes de chiens, un espace dégradé porteur d’insécurité émoussent leur désir de se reposer dans un square. Enfin, " la non-clientèle absolue " est nettement plus élevée dans les communes périurbaines que dans la ville-centre. 8,7 % des périurbains n’éprouvent pas le besoin d’aller dans un square au motif qu’ils « habitent à la campagne ». Le fait de bénéficier d’un jardin attenant à une maison individuelle ou bien d’habiter une copropriété dotée d’un espace vert intérieur privé agit sur le sentiment de satiété.
Mettre l’accent sur les squares de proximité
Si l’on demande aux Lyonnais de décrire le type d’espace vert qu’ils souhaitent trouver dans leur quartier, ils choisissent avant tout le square de proximité (44 % des réponses). Ce modèle d’espace vert, conçu sous le second Empire (1851-1870) et développé par Georges Eugène Haussmann, préfet de Paris, est toujours d’une grande actualité. Le parc urbain, fleuri et aménagé, arrive en seconde position ; il a la faveur des 25-34 ans. Le parc laissé à l’état naturel, sauvage et peu aménagé, ne recueille guère de suffrages (18 %) ; il séduit les 25-34 ans et les 35-49 ans. Le parc d’attractions est plutôt cité par les 18-24 ans, mais il rencontre un faible écho auprès des autres catégories de personnes interviewées (7,50 %).
Lorsqu’on propose aux Lyonnais un choix alternatif entre la création d’un grand parc urbain et la mise en place de squares, plus nombreux et plus proches, c’est la deuxième solution qui est privilégiée. Afin de répondre à cette attente sociale, il convient d’augmenter l’offre d’espaces verts de proximité, particulièrement dans les quartiers déficitaires, de créer des squares " faciles à vivre " gommant les attributs de la ville minérale - le béton et l’asphalte - et valorisant les éléments de la nature aimable - les arbres et les fleurs - . Le square est incontestablement une valeur sûre pour les Français.
Pour en savoir plus :
BOUTEFEU Emmanuel, février 2005, La demande sociale de nature en ville - Enquête auprès des habitants de l’agglomération lyonnaise, Éditions PUCA-CERTU, collection Recherches n°154, 80 p.
(1) article paru dans la revue Techni-Cités n° 71 du 8 juin 2004











