La nature en ville : rôle du végétal vis-à-vis de la qualité de la vie, la biodiversité, le microclimat et les ambiances urbaines
Emmanuel Boutefeu 17-01-2011
1. La nature en ville : pour qui, pourquoi ?
Alibi ou tendance lourde ?
Depuis l’émergence des mouvements de protection de l’environnement, la qualité de la vie est une préoccupation majeure des Français. Un droit à un environnement de l’excellence s’est fait jour au fur et à mesure de l’augmentation des nuisances et des pollutions engendrées par la hausse des surfaces artificialisées et par l’accroissement des transports motorisés. Ainsi, sur la période 1992-2004, 800 000 hectares de terres agricoles et d’espaces naturels ont été consommés, soit 60 000 hectares par an. En rythme décennal, les surfaces vouées à l’urbanisation (habitat individuel, équipements sportifs et de loisirs) et aux aménagements (réseau routier, production industrielle…) représentent l’équivalent d’un département français [Ifen, 2009 ; Bisault, 2009 ; FNSAFER, 2004].
Le droit à une nature proche et quotidienne va de pair avec cette exigence de qualité de vie [Nail, 2002 ; Reygrobellet, 2007]. Notre vision d’une nature généreuse, capable de se remettre rapidement des perturbations dues aux activités humaines, s’est modifiée au profit d’une nature vulnérable dont l’humanité détiendrait les clés de l’équilibre. D’une vision opposant les intérêts humains à ceux de la nature (la population avant la nature), nous sommes progressivement passés à une perception moins anthropocentrée : nous prenons conscience que l’humanité est dépendante des services rendus par la nature, notamment pour la santé, le climat, l’eau, les ressources naturelles (de la nature pour la population).
Des attentes sociales fortes
Faute de pouvoir disposer de lieux de contact avec la nature en nombre suffisant dans les villes, les citadins consacrent une part croissante de leurs revenus et de leurs loisirs à des fins d’accéder à la nature [Urbain, 2002 ; Berque, 2002]. Se « mettre au vert » est devenu un phénomène de société ; c’est même l’un des moteurs de l’étalement urbain qui explique l’engouement des Français pour la maison pourvue d’un jardin privatif et l’importance du parc de résidences secondaires [Bessy, 1997].
Une métapole hétérogène
« Aujourd’hui, on ne vit plus à l’échelle du quartier ni même de la ville, mais d’une vaste conurbation polycentrique et discontinue » explique François Ascher, lauréat du Grand Prix de l’urbanisme 2009 [Ascher, 2009]. La ville est selon ses termes, une métapole hétérogène qui réunit en un même système cinq types urbains très différents :
- la ville centre, très dense, riche en transports publics et en équipements, où vivent les populations les plus privilégiées ;
- la banlieue périurbaine, où l’on trouve essentiellement des petits bâtiments collectifs et des classes moyennes cohabitant avec la centralité principale ;
- l’aire suburbaine, dominée par les zones pavillonnaires, qui a très peu de liens avec la ville centre et restera « condamnée » aux déplacements automobiles ;
- la ville des exclus et des assignés à résidence, c’est-à-dire les grands ensembles, enclavés et mal desservis ; enfin, des zones de campagne, refuge des « rurbains ».
Et parmi ces tissus urbains plus ou moins lâches, la nature est distribuée inégalement : faiblement présente en centre-ville, elle est plus abondante dans les communes périurbaines.
Le verdissement de la société
La dernière enquête réalisée, en janvier 2008, par l’institut de sondage Ipsos pour le compte de l’Union nationale des entrepreneurs du paysage [Ipsos-Unep, 2008] confirme l’importance de la demande sociale de nature en ville : trois Français sur quatre fréquentent régulièrement les espaces verts de leur commune. Quelles que soient les enquêtes d’opinion consultées [Ministère de l’environnement et du cadre de vie, 1978 ; Ministère de l’équipement, des transports et du logement, 1999], la présence d’un jardin privatif ou collectif demeure l’un des premiers équipements spontanément cités par les personnes interrogées pour améliorer la qualité de vie en ville. 70 % des Français ont tenu compte de la proximité d’espaces verts dans leur choix de localisation résidentielle [Ipsos-Unep, 2008 ; Gaymard, 2004].
Cette fièvre verte est invariablement mise en avant [Garin, 2004]. « L’homme a un besoin plus vital d’arbres, de plantes et d’herbes que de béton, de pierres ou de bitume » [Philippe Saint-Marc, 1971]. C’est l’un des faits marquants de l’urbanisme actuel : les citadins ne semblent jamais rassasiés de verdure. Ceux qui disposent d’un jardin privatif sont d’ailleurs les plus nombreux à apprécier la présence d’espaces verts dans leur ville (82 %). Le végétal décliné sous la forme d’arbres, de pelouses, de fleurs, de squares, de jardins, de parcs, est devenu un acteur incontournable de la cité, offrant des sites paysagers, des zones naturelles, des aires de détente, des lieux de rencontre avec la nature en ville qui sont perçus et vécus comme des « espaces verts où il fait bon vivre ».
Ville dense ou ville verte ?
Aujourd’hui, l’accent est mis sur l’esthétique des villes, c’est-à-dire sur la production d’une architecture de qualité concomitantes à des actions de végétalisation et de fleurissement des tissus urbains. Le domaine public est placé au centre des stratégies de requalification urbaine visant à donner une image attractive et dynamique des métropoles [Blanc et al, 2009]. Si la densification des villes est l’option que la loi solidarité et renouvellement urbains (2000) retient pour limiter l’étalement urbain, encore faut-il améliorer la qualité de l’air (transport) et de l’environnement (bruit) pour retenir et dissuader les habitants de « se mettre au vert » dans les communes périurbaines.
2. La ville : un potentiel écologique sous-estimé
Contrairement à une idée fausse, les villes ne sont pas dénuées de point de contact avec la nature avec laquelle elles peuvent composer des sites naturels d’une grande beauté.
La nature dans tous ses états
Certaines offrent des îlots insoupçonnés de nature sauvage aux portes ou à l’intérieur même des villes qui façonnent de splendides paysages urbains, perceptibles de loin, comme par exemple les collines du val de Saône à l’entrée nord de Lyon, la prairie inondable Saint-Gildas à Châteauroux, le lit de la Loire à Orléans. Il s’agit de sites naturels organiques délimités à la faveur de conditions topographiques exceptionnelles qui freinent ou grèvent les projets d’urbanisation : coteaux escarpés impropres à la construction, ravins accidentés, terrains submersibles exposés aux débordements des eaux. Ces espaces que l’on peut qualifier de naturel ou de semi-naturel peuvent former la trame verte d’une ville par de larges et profondes pénétrantes végétalisées qui offrent de véritables coupures d’urbanisation. Mais le plus souvent, ces reliquats de nature occupent des espaces lacunaires, d’anciens délaissés fonciers vacants et sans maître. Ce sont des sites hétérogènes qui se caractérisent par un entretien réduit, voire nul. Il s’agit alors de lopins de terre et de parcelles désaffectées où la nature spontanée reprend peu à peu ses droits. Ces espaces de reconquête végétale que l’on désigne couramment de « terrains vagues » sont disséminés dans les lotissements, éparpillés entre les zones d’activités économiques ou jouxtent les grandes infrastructures linéaires de transport. Ils recoupent notamment d’anciens domaines agricoles abandonnés depuis plusieurs décennies ou intègrent des lambeaux de paysages champêtres, des vestiges de bocage, de vieilles exploitations maraîchères en friche, des bois pentus complètement délaissés par leurs propriétaires.
Des parcs et des jardins publics
D’autres villes sont renommées pour la qualité des parcs et des jardins publics, des forêts périurbaines, des plans d’eau qui constituent, tant sur le plan économique que par la richesse des paysages, un enjeu stratégique pour les municipalités. Qu’il s’agisse de parcs urbains, de jardins, d’arbres d’alignement, de massifs boisés plus ou moins accessibles au public, ces espaces recoupent les formes traditionnelles d’expression de la nature en ville. Ces milieux bénéficient d’une pression d’entretien plus marquée que les espaces de nature relictuelle. Une de leur particularité est qu’ils sont soumis à des pratiques de jardinage, des modes de gestion orientée en fonction des goûts et des savoir-faire d’une époque [Debié, 2002 ; Baridon, 1998]. Ces espaces de nature jardinée, sympathiques aux yeux des citadins, participent au maintien d’un cadre de vie agréable [Coronio et al, 1973, Le Dantec, 2002].
Des espaces verts intérieurs privés
Mais les villes vertes doivent aussi leur attrait à l’abondance et à la diversité de la végétation gérée par les acteurs privés dont l’importance en termes de surface et de paysage urbain dépasse de loin les espaces verts ouverts au public. Chacun peut le constater, les espaces verts entretenus par une commune ne représentent qu’une infime fraction de la couverture végétale d’une ville. À Paris intra-muros par exemple, les espaces verts accessibles au public occupent 553 hectares répartis en 450 points, non compris les Bois de Boulogne et de Vincennes, alors que les espaces verts intérieurs privés représentent 1 200 points en 2008, soit l’équivalent de 200 hectares [Wikipédia, 2009]. Particulièrement visibles dans une petite ville, les frondaisons des arbres qui débordent des hauts murs, les innombrables jardinets privés qui forment l’armature verte d’un quartier, marquent profondément la silhouette d’une ville, dès lors qu’ils rassemblent toutes sortes d’arbres d’ornement, de jardins plus ou moins entretenus, rappelant ici des espaces forestiers, là de vieilles haies rurales, voire des terrains maraîchers qui s’intercalent et s’insinuent admirablement dans le tissu bâti [Legrand, 2001 ; Guille et al, 1978].
La ville écosystème
La ville et la nature sont généralement considérées comme incompatibles. Les scientifiques ont longtemps tenu les villes pour des objets de recherche écologique peu intéressants. Jusque dans les années 1970, l’opinion s’est maintenue selon laquelle peu d’espèces pouvaient vivre dans les villes [Arnould, 2006, Arnould et al, 2004 ; Blandin et al, 1981].
Les études menées au cours des vingt dernières années sur la diversité des espèces animales et végétales dans les villes ont abouti à des résultats étonnants. En milieu urbain, la nature est présente, mais elle n’est pas consciemment perçue par les habitants. Ainsi, dans la seule ville de Zurich, le botaniste Elias Landolt a dénombré 1 211 espèces végétales, parmi lesquelles figurent des plantes indigènes, importées et considérées comme acclimatées. Ainsi, la ville héberge aujourd’hui près de deux fois plus d’espèces végétales qu’une zone rurale équivalente affectée à l’agriculture et à la sylviculture. De toute évidence, les milieux artificiels créés dans les villes offrent, dans bien des cas, un éventail plus diversifié d’habitats que des surfaces vouées aux cultures intensives. De même, certaines espèces menacées trouvent refuge dans les villes. 721 espèces végétales vivent sur l’aire urbaine de la ville de Fribourg (10 km2) dont un quart figure sur la liste rouge des espèces en danger d’extinction. Des espaces verts comme les parcs et les jardins peuvent aussi accueillir des végétaux rares [Kozlowski et al, 2003 ; Kowarik et al, 2005].
La faune ne boude pas les villes : sangliers et renards sont régulièrement observés à Berlin et à Paris [Reichholf, 2007 ; Dupont, 2009]. C’est à Manhattan que l’on peut observer la plus forte densité de faucons pèlerins au monde. L’exemple de la pie bavarde est révélatrice de la dynamique de certains oiseaux sauvages à coloniser les villes. Alors que la pie recule dans les campagnes françaises, elle connaît une expansion urbaine depuis une cinquantaine d’années. Celle-ci serait liée à l’adaptation de l’oiseau à l’homme, à une réduction du taux de prédation des œufs et des oisillons consécutive à une baisse des densités de corneille noire en milieu urbain, à l’importance des ressources alimentaires disponibles en ville, et à un plus grand nombre de sites de nidification [Chiron, 2007].
Un regain d’intérêt
En dépit des potentialités écologiques des villes, peu de naturalistes s’intéressent à la nature en ville et préfèrent investir les milieux forestiers et aquatiques. Certes, en 1992, le ministère de l’équipement des transports et du logement (PUCA) lance des appels d’offres sur le thème de l’écologie urbaine. Le premier « La ville au risque de l’écologie. Questions à l’environnement urbain » porte sur le thème de l’écologie urbaine ; le second en 1994 « La ville, la densité, la nature » traite de questions architecturales et urbanistiques ». Mais, l’essentiel des travaux prolonge des recherches en sciences sociales et intègrent rarement des disciplines de sciences de la vie. Un regain d’activité dans ce domaine est pourtant souhaitable, car la recherche doit contribuer à mettre au point des stratégies urbaines de protection et de mise en valeur de la nature en ville.
3. La nature en ville : besoins, rêves ou utopies ?
L’engouement des Français pour le jardinage, la vente des plantes vertes d’intérieur et des fleurs coupées, le marché des animaux de compagnie, sont de précieux révélateurs de cette quête de nature en ville. Celle-ci trouve logiquement un échappatoire dans les parcs et les jardins qui, mieux que n’importe quels autres espaces publics, mettent en scène la nature dans la ville. Quels que soient le style paysager et le traitement de la palette végétale, l’espace vert joue un rôle fondamental d’animation et de mise en valeur du paysage urbain et du patrimoine naturel [Larrère, 1994 ; Barouch, 1989].
Nature apaisante
Dans un ouvrage très documenté, Clare Cooper Marcus, psychologue de l’environnement à l’université de Berkeley, observe que les souvenirs les plus puissants tournent autour de lieux : la maison dans laquelle nous avons grandi, le jardin où nous avons fait nos premiers pas, les paysages de notre enfance. Ces environnements sont reliés aux processus psychologiques faisant partie du développement humain, notamment entre 6 et 12 ans, c’est-à-dire vers le milieu de l’enfance. « L’émotion éprouvée et le cadre habité sont devenus si profondément imbriqués que les évocations d’un lieu stimule des souvenirs de sentiments et vice versa » [Cooper Marcus, 2006].
L’architecte-paysagiste Mary Honeyman souligne que « l’exclusion de la végétation dans des zones urbaines suscite des réactions psychologiques négatives chez l’homme qui augmentent le stress » et que « l’implantation de la végétation dans l’environnement urbain a une incidence psychologique positive » [www.evergreen.ca]. Stephen Kaplan (1992) constate que « les gens disent souvent qu’ils aiment la nature ; pourtant, ils se rendent rarement compte qu’ils en ont besoin. La nature n’est pas simplement quelque chose d’agréable ; elle est un élément essentiel au fonctionnement sain de l’être humain ». Le corps, dit-il, réagit physiologiquement à la vue de la nature et à l’interaction avec elle. Il attribue cette réaction à la détente, aux émotions positives associées à la nature et à son effet apaisant De nombreux chercheurs font état d’une amélioration du stress et de l’état de santé de patients hospitalisés, après la vision de scènes de nature ou après avoir passé un moment dans un environnement naturel [Ulrich, 1981 ; Hartig, 1993].
Nature paradoxale
Fort de ce constat, on peut se croire tirer d’affaire et se dire, qu’après tout, il suffit d’intervenir sur les espaces libres, les délaissés fonciers, les reliquats de nature en ville pour introduire plus de nature authentique dans le tissu urbain, afin de mieux prendre en compte les aspirations des citadins. Mais les attentes des acteurs urbains sont parfois paradoxales. Pour preuve, un aménagement qui chamboule l’état ou l’aspect d’un espace vert est à manier avec beaucoup de précautions, car les habitants ne veulent pas de n’importe quel style paysager, ni de n’importe quel traitement horticole, sous prétexte d’un retour au naturel. Pour tirer véritablement avantage de la nature dans les régions urbaines, la dichotomie existant entre la ville et la campagne doit être rompue. La nature doit être reconnue comme un acteur de la vie urbaine, avec pour corolaire, l’homme doit accepter de faire partie de la nature.
Natures fonctionnelles
Les espaces verts dans leurs diversités et leurs particularités sont, au même titre que les espaces bâtis, des éléments fondateurs de l’identité d’une ville. Ils font partie du patrimoine local et du vécu commun des habitants. Ils participent à l’image de la nature urbanisée avec tout ce qu’elle sous-tend. C’est pourquoi, la nature en ville ne saurait se résumer à cinq ou six clichés auxquels notre esprit cartésien associe aussitôt une valeur, une fonction ou une utilité :
- culturelle (paysage, esthétique, légende, art, symbole…) ;
- écologique (patrimoine naturel, faune, flore, laboratoire d’études, initiation à l’environnement, services en matière de gestion du cycle de l’eau, puits de carbone…) ;
- économique (plus value immobilière, atténuation des îlots de chaleur urbains, chasse, pêche, cueillette, emplois, tourisme, loisirs, matières premières…) ;
- psychosensorielle (éveil de la sensibilité, formation de l’imaginaire individuel, équilibre psychique individuel, hygiène mentale…) ;
- sociale (lieu de rencontre, support d’activités récréatives, ludiques, terrain d’aventures…) ;
- santé (lutte contre l’obésité, parcours de santé, pratiques sportives…).
Nature porteuse de symboles et de valeurs
D’un côté, la nature est une source d’inspiration : elle stimule notre curiosité, concourt à notre épanouissement individuel. De l’autre, la nature est porteuse de sens et de symboles. Elle est une source de plaisir, procure des sentiments de peur ou de répulsion, alimente nos fantasmes, épouse notre imaginaire collectif, qui sont autant de miroirs de notre propre nature humaine et de repères de notre culture occidentale [Lecomte, 2005 ; Descola, 2005, Bachelard, 1942]. « La nature, nous dit Goethe, agit sur l’âme, elle peut y éveiller des émotions, des idées qui nous reposent ou nous agitent et provoquent la tristesse, la gaieté ».
Méconnaître ou gommer la dimension symbolique de la nature, c’est courir le risque de s’exposer à des critiques imprévisibles qui peuvent cristalliser subitement autour de l’irruption incongrue d’un équipement ou d’un aménagement venant altérer la qualité des lieux, détruire un monument naturel, comme par exemple l’abattage d’un arbre remarquable auquel les riverains demeurent attachés [Mathieu et al, 1989 ; Kalaora, 1981 ]. Dès lors, la perte d’un espace vert, ne serait-ce qu’un banal bosquet au cœur d’un quartier, peut nourrir des conflits d’une grande âpreté, parfois irrationnels et passionnés, sans que les aménageurs comprennent les motivations profondes d’un tel désarroi, si l’on oublie qu’un espace vert est assimilé, perçu ou ressenti comme un espace naturel (non artificiel). Au-delà, même si l’ensemble boisé est insignifiant, ce bosquet est néanmoins porteur de sens, car il n’en représente pas moins un petit bout de nature, avec tout ce qu’elle véhicule d’images et de valeurs [Barouch, 1989].
4. La nature en ville : outil de l’ingénierie urbaine
Les enseignements de la canicule de 2003
En août 2003, la canicule qui s’est solidement installée sur le territoire a fauché la vie de 15 000 personnes, le plus souvent âgées et fragiles : 91 % avaient plus de 65 ans et 87 % vivaient en immeuble collectif. Pendant une quinzaine de jours, les températures ont battu des records historiques : les deux tiers des stations de Météo France affichaient des températures comprises entre 25-35°C, et 15 % des stations françaises ont enregistré des températures supérieures à 40°C. Les régions Île-de-France et Centre ont été fortement touchées par cette vague de chaleur exceptionnelle, notamment les agglomérations urbaines, telles Paris, Tours, Orléans. En France, les décès précisément attribués à la déshydratation, hyperthermie, coup de chaleur ont augmenté de 28 % par rapport à la mortalité attendue en un mois d’août « normal » [InVS, 2004 ; Hémon et al, 2004].
Dans une étude des facteurs de risques de décès des personnes âgées résidant à domicile durant la vague de chaleur d’août 2003, l’Institut de veille sanitaire (InVS) confirme que les villes denses sont plus vulnérables aux fortes chaleurs que les villes vertes. À l’aide d’une analyse multivariée sur des cas-témoins appariés, les auteurs mettent en évidence que certaines caractéristiques des logements diminuent le risque de mortalité : la qualité de l’isolation, la présence de volets ou de stores protégeant les ouvertures, un faible ensoleillement de la pièce de nuit. Un bâtiment bien conçu permet, y compris lors de pics à 40°C, de ne pas franchir les 27°C dans la journée [Liébard et al, 2005]. En revanche, le fait d’habiter au dernier étage d’un immeuble est un facteur de risque aggravant, d’autant que la chambre est située sous les toits.
Cher climatiseur végétal
La végétation abaisse la température des surfaces et de l’air par les effets d’ombrage et l’évapotranspiration [Akbari, 2002 ; Akbari et al, 2005]. On sait que des surfaces ombragées présentent des températures inférieures à des surfaces exposées au soleil. Ainsi, l’ombrage des arbres au dessus de parkings permet d’abaisser les températures observées à l’intérieur des véhicules de 25°C [Scott et al., 1999]. Diverses études relèvent une diminution locale de la température de l’air, attribuée au phénomène d’évapotranspiration seul ou associé à l’ombrage. Ces données varient très fortement d’une étude à l’autre. Certains chercheurs indiquent un différentiel de 1 à 5°C, mesuré sous le couvert d’arbres, et notent des écarts 1 à 2°C entre les températures d’un terrain de sport engazonné et les surfaces environnantes.
L’asphalte, le béton et le granit sont des revêtements inertes qui accumulent l’énergie solaire la journée et déstockent la chaleur emmagasinée la nuit. Ces matériaux, imperméables et sombres, sont de véritables puits de chaleur qui alimentent l’îlot de chaleur urbain [Santamouris, 2007]. Sous nos latitudes, les surfaces engazonnées et les arbres d’ornement équilibrent leur température interne, à la manière d’un corps humain, en transpirant énormément dès que la température extérieure dépasse 25°C. Outre qu’un arbre intercepte une partie du rayonnement solaire, procurant une ombre protectrice, il a aussi tendance à aligner sa température sur celle de l’air environnant. Ce mécanisme de régulation thermique est loin d’être négligeable : un arbre feuillus peut émettre jusqu’à 400 litres d’eau par jour, ce qui représente une puissance de refroidissement équivalente à celle de 5 climatiseurs pendant 20 heures en climat chaud et sec [Vinet, 2000].
Des espaces verts pour atténuer les îlots de chaleur urbains
Des études réalisées à plus grande échelle montrent que dans des zones périurbaines arborées avec des arbres âgés, on relève des températures inférieures à celles relevées dans les zones périurbaines sans arbre [Simpson, 1998]. Des travaux montrent également que les écarts de température entre un parc urbain et ses environs vont de 1°C à 5°C ; la différence la plus importante étant obtenue aux abords de grands parcs arborés « baignés » par une rivière [Dimoudi et al, 2003]. À partir d’images des longueurs d’ondes infrarouges d’un quartier résidentiel de la ville de Munich (Parc du château de Nymphenburg), et d’une analyse des températures de surface émises à la mi-journée et la nuit, Stephen Pauleit et Friedrich Duhme (2000) soulignent « qu’une augmentation de 10 % de la surface végétalisée abaisse la température de 1°C dans un rayon de 100 mètres de profondeur ». D’autres campagnes de mesures réalisées à l’intérieur du parc national d’Athènes et autour du site, en août 1998, et pendant 10 jours consécutifs, indiquent que l’écart est de 1,5°C entre les températures les plus basses et les plus hautes. La différence maximale atteint 3°C au cours d’une journée.
L’impact de la végétation sur le microclimat urbain est assez mal traité dans les modèles climatiques La végétation y est modélisée de manière partielle ou idéale : les représentations géométriques sont mal adaptées et les phénomènes à prendre en compte (rayonnement, convection, évapotranspiration) sont négligés. Cependant, ces modèles ouverts laissent entrevoir de grandes possibilités d’évolution.
Des économies d’énergie
Les effets directs et indirects sur la consommation énergétique des bâtiments ont également fait l’objet de nombreuses études, expérimentales et numériques. Leurs résultats montrent les effets bénéfiques de la plantation de feuillus le long des façades, avec des réductions des consommations allant jusqu’à 50 % pour la climatisation [Akbari et al, 1992 ; Akbari, 2002] et des gains plus faibles pour le chauffage [McPherson, 2007]. La réduction de la demande énergétique des bâtiments entraîne de facto celle d’émission de gaz à effet de serre. Les dispositifs architecturaux ont également fait l’objet de recherches à la fois pour leur effet sur la consommation énergétique des bâtiments et sur le microclimat. Ainsi, des toitures et des murs végétalisés peuvent rafraîchir les températures locales des bâtiments situés à Londres et à Montréal de 2°C à 3°C [Alexandri et Jones, 2007, 2008].
Le végétal stocke le carbone
Pendant sa croissance, une plante intercepte et stocke du carbone [Loustau et al, 2002]. Lors de sa décomposition, ou de pertes de matière, le carbone est relâché dans l’atmosphère ou transféré au sol. Le bilan de ce cycle rend compte d’une quantité substantielle de carbone stockée dans la végétation et le sol [Carbofor, 2002]. Cette quantité varie en fonction du type de végétation. Une politique de végétalisation doit comparer ce bilan aux émissions émises tout au long du cycle de vie (production des plants, transport, entretien et maintenance, fin de vie).
Le végétal dépollue l’air
Les feuilles retiennent certains des polluants contenus dans l’air par des procédés mécaniques ou chimiques : les particules, les NOX, le SO2, le CO et l’ozone. Cependant, les premières études sur ces effets ont montré un impact modeste au regard des critères de qualité de l’air. Par exemple, une extension de 10 % du couvert végétal de New York permettrait de diminuer le taux d’ozone au sol de 3 % [Nowak et al, 2008 ; 2006]. Ces effets sont par ailleurs à mettre en concurrence avec les émissions de composés organiques volatils générées par les plantes : les choix de végétation doivent être soigneusement opérés de manière à éviter des plantations contre-productives.
Le végétal acteur du cycle de l’eau
Le rôle de la végétation sur l’interception de l’eau de pluie, et sur le bilan hydrique de façon plus générale, a été abordé dans plusieurs travaux de recherche portant sur l’hydrologie des espaces urbanisés. En effet, la gestion des eaux pluviales en milieu urbain fait de plus en plus appel à des techniques « alternatives » dont l’objectif est de stocker et d’infiltrer les eaux de ruissellement au lieu de les rejeter rapidement vers le milieu récepteur. Ces techniques sont souvent liées à l’introduction de la végétation en ville, à travers des dispositifs comme des bassins paysagers ou des noues enherbées (écoquartiers). Les modèles hydrologiques récents dédiés au milieu urbain permettent de prendre en compte la végétation, et l’influence de dispositifs alternatifs végétalisés sur le bilan hydrique devient possible. Toutefois, les conditions microclimatiques y sont déterminées de façon très simplifiée et une vision plus intégrée des bilans hydriques et énergétiques serait plus appropriée pour une évaluation de l’introduction de ces dispositifs à l’échelle de l’agglomération.
Des espaces verts polyvalents
Nous avons également relevé des études portant sur les ambiances induites par la végétation : réduction des niveaux sonores, protection par rapport au vent, à l’ensoleillement, températures plus faibles en été des surfaces ombragées. Une hausse de l’indice de végétation à proximité des logements est un bon moyen de rafraîchir l’air ambiant et d’abaisser les températures extérieures. Un espace vert est donc un excellent équipement pour atténuer l’îlot de chaleur urbain et rafraîchir l’air ambiant.
Une étude de modélisation des flux d’énergie au dessus d’un quartier témoin parvient à des résultats similaires de ceux de Munich. Ainsi, l’aménagement d’un parc arboré de 100 mètres carrés au cœur d’un îlot urbain, bordé par des immeubles de 15 mètres de hauteur, permet d’abaisser la température de 1°C dans les rues canyon adjacentes. Ce gain de fraîcheur se prolonge sur une distance de 100 mètres. Au-delà, l’effet bénéfique de l’espace vert s’estompe [Dimoudi et al, 2003]. Et les chercheurs de conclure qu’une augmentation de 10 % de l’emprise verte au sol diminue la température de l’air ambiant de 0,8°C. Or, un écart de 1°C n’est pas anodin en terme de mortalité : l’INVS estime qu’une hausse de 1°C aurait aggravé le risque de 80 % pendant la vague de chaleur d’août 2003 !
Changement climatique
La dernière synthèse du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat [GIEC, 2008] souligne que : « l’essentiel du réchauffement général moyen constaté depuis 50 ans est très probablement attribuable à l’augmentation de concentration des gaz à effet de serre anthropiques ». Certains climatologues prévoient que les vagues de chaleurs estivales seront plus longues, plus intenses et plus fréquentes, passant de 1 jour durant la période 1960-1989, à 14 jours à la fin du 21e siècle. En France, le changement climatique attendu se traduirait par une hausse moyenne de 9°C (+6°C globe), et le réchauffement serait plus marqué en été qu’en hiver [Juvanon du Vachat, 2006 ; Déqué et al, 2007].
Afin de limiter les effets tragiques des pics de chaleur, l’introduction massive d’espaces verts et d’arbres doit être une priorité. Des plans de verdissement, campagnes de plantation, aides à la création de parcs et de squares sont des mesures efficaces pour rafraîchir les îlots de chaleur urbains et atténuer les conséquences humaines des canicules à venir. Les villes doivent anticiper cette nouvelle donne climatique.
5. Quelle nature en ville voulons-nous ?
Des attentes contradictoires
Au-delà du terme pour désigner et englober tous les espaces engazonnés et arborés d’une ville, les espaces verts sont identifiés comme autant de poumons verts qui aèrent ou irriguent le tissu urbain, comme si la ville était assimilée à un corps humain [De Vilmorin, 1978]. Il est évident que l’appellation espace vert recouvre un sens très large ; le mot est ambigu et équivoque. On parle volontiers d’espace vert ou d’espace naturel. La distinction entre les deux vocables n’est pas facile. Les glissements sémantiques sont courants : la nature des uns n’est pas forcément la nature des autres [Terrrason, 1988 ; Mermet, 1992].
Des natures complémentaires
Tout d’abord, pour bien fixer le sens du mot naturel qui est pour le moins un concept flou et mal borné (où commence et où finit le naturel), nous le définirons par rapport à son contraire immédiat : le mot artificiel. Pris au sens large, un milieu artificialisé est une zone à l’intérieur de laquelle la distribution des animaux et des plantes, les relations fonctionnelles que la flore tisse avec le sol, l’eau, l’exposition ou que les espèces hôtes entretiennent avec les autres espèces environnantes (compétition, prédation) sont plus ou moins modifiées, simplifiées et exploitées à des fins culturelles, utilitaires ou économiques. La pression de sélection exercée par l’homme outillé permet de bloquer ou de laisser filer le cours de l’évolution spontanée des choses. Un espace artificialisé est donc un milieu dans lequel l’état ou l’aspect des lieux sont contrôlés, régulés, maîtrisés par l’activité humaine. Les spécialistes parlent alors de milieu anthropisé qui se traduit généralement par une banalisation et une réduction de la biodiversité.
Selon Edward Wilson (1988), « la diversité biologique, ou biodiversité, est la variabilité de tous les organismes vivants. Ceci inclut la variabilité génétique à l’intérieur des espèces et de leurs populations, la variabilité des espèces et de leurs formes de vie, la diversité des complexes d’espèces associées et de leurs interactions, et celle des processus écologiques qu’ils influencent ou dont ils sont les acteurs (dite biodiversité écosystémique) ». Par voie de conséquence, la diversité biologique d’un milieu artificialisé est souvent moins riche en quantité et en qualité d’informations qu’un milieu naturel comparable, c’est-à-dire par rapport à un milieu de surface égale et écologiquement proche. Ainsi par exemple, un arboretum est plus pauvre en biodiversité qu’une futaie jardinée, un gazon est moins diversifié qu’une prairie naturelle [Lizet et al, 1997].
Espace naturel
L’expression espace naturel rappelle bien évidemment la couverture végétale de l’espace auquel logiquement on l’identifie. Dès lors, un espace naturel est souvent assimilé à un espace boisé. Car l’arbre est un élément déterminant de la naturalité d’un lieu. Qu’il s’agisse d’un cèdre isolé dans un parc résidentiel ou d’un chêne poussant en pleine forêt, la hauteur, le port, la couleur du feuillage signent le caractère naturel d’un espace. C’est pourquoi, l’image d’un espace vert en ville est immédiatement accolée à celle d’une pelouse, alors que celle d’un espace naturel est identifiée à un site boisé. L’arbre est par excellence la marque de noblesse de la nature [Maillet et Bourgery, 1993 ; Stefulesco, 1993]. Mais c’est une clé de lecture à double tranchant qui bénéficie d’un affect et d’une représentation mentale chargée d’une forte symbolique. Car sous le mot espace naturel se cachent des images et des présupposés qui rejaillissent sur tous les espaces verts urbains.
Wilderness
Pour certains, l’espace naturel est incarné dans les immenses paysages sauvages où la nature spontanée existe depuis des millénaires et s’organise librement sans aucun artifice, affranchie de toute intervention humaine (excluant l’homme). La nature représente tout ce qui n’est pas créé par l’homme (donc l’homme lui-même). C’est le fameux « wilderness » des anglo-saxons qui renvoie à des notions sous-jacentes de nature vierge, de nature primaire, de nature vraie, de nature sacrée, de nature sanctuaire, de nature paradisiaque [Larrère, 1997 ; Arnould et al, ].
Campagne
Pour d’autres, l’espace naturel se confond avec la campagne où le bois, l’étang, la mare, le pré incarnent les formes traditionnelles de représentation de la nature. Ces milieux sont le support d’occupations et d’usages des plus variés qui résultent de l’interaction, souvent séculaire, entre l’activité humaine et les ressources naturelles du terroir : le sol, le climat, le potentiel de productivité du site. La chasse, la pêche, la cueillette, les activités de détente et de promenade, les pratiques sportives s’exercent préférentiellement dans ces espaces naturels peu ou moyennement altérés par l’homme. On parle alors de milieux secondaires, de milieux semi-naturels, suivant l’intensité des interventions agricoles, pastorales ou forestières, le rythme de prélèvements des ressources naturelles, le degré d’anthropie des lieux.
Espace vert
Pour d’autres enfin, l’espace naturel est symbolisé par un parc sous l’aspect d’un espace vert engazonné, fleuri, arboré. Le parc est assimilé à un espace naturel à portée de main qui peut prendre la forme d’un modeste enclos plus ou moins soigné. Il peut ressembler à s’y méprendre à un bout de nature annexée. Mais le parc peut tout autant couvrir un grand territoire à l’intérieur duquel l’homme cherche à tirer parti du meilleur de la nature, intégrer des rochers, construire des pièces d’eau, planter des arbres exotiques pour le plaisir de créer des paysages de rocaille, d’eau, d’ériger des bois qui soient « plus vrais et plus beaux que nature » [Le Dantec, 2002 ; Baridon, 1998].
Le parc peut tout aussi bien être un lieu de pur artifice horticole et forestier très architecturé (parc forestier) où les formations végétales sont choyées, soumises aux règles des avancées technologiques, qu’un lieu sauvage où la main de l’homme au gré de ses ambitions créatrices, de ses fantaisies et de ses utopies, laisse libre cours à la spontanéité des forces naturelles, sans s’appliquer à en forcer la dynamique propre (parc naturel).
Coulées et trames vertes
On a longtemps cherché à limiter la signification de l’expression espace vert aux seuls parcs et jardins publics localisés dans les centres-villes. Ainsi, les coulées vertes et toutes les pénétrantes vertes qui s’avancent dans le tissu urbain, de même que les ceintures vertes en marge des villes ne relèveraient pas de la famille des espaces verts. Il est courant que les terrains boisés en soient exclus et que les forêts appartiennent à la catégorie des espaces naturels et non à la famille des espaces verts. Et pourtant, la plupart des citadins considère les espaces verts comme des espaces naturels, malgré le fait qu’ils soient soumis à des soins réguliers et qu’ils aient été créés et aménagés de toute pièce. Le square, le parc, la forêt symbolisent autant de visions plurielles de la nature en ville. Peu importe que les structures paysagères soient ordonnées de manière régulière ou irrégulière, composées à des fins ornementales, conservatoires ou productives, c’est toujours un peu de nature (vie) qui entre dans la ville.
Regards divergents
Un urbaniste parle volontiers d’espace vert, un paysagiste de site paysager, un promoteur d’espace non bâti. Par contre, un biologiste utilise le terme de zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique (znieff) pour qualifier certains espaces naturels peu altérés, comme par exemple une lande sèche, une prairie humide, une chênaie-charmaie. Suivant le type de couverture végétale, un agronome emploie le mot de surface toujours en herbe ou de terre labourable, tandis qu’un juriste lui donne volontiers le statut d’espace boisé classé (EBC) dans un plan local d’urbanisme, même si le recouvrement végétal est limité à des arbres isolés, des haies ou des réseaux de haies, des plantations d’alignement. Quant aux particuliers, ils perçoivent plutôt l’espace vert comme un terrain engazonné auquel ils assignent volontiers une fonction récréative pour pratiquer des activités sportives, jouer, discuter ou tout simplement pour se détendre et se promener. Suivant le regard de chacun des acteurs urbains, un même espace vert peut nourrir un vocabulaire fécond, susciter des débats passionnés, nourrir des conflits d’usage et d’appropriation, tant les points de vue sont contradictoires.
Quel dénominateur commun ?
Plusieurs questions viennent aussitôt à l’esprit : comment trouver un dénominateur commun entre des acteurs urbains dont les visions sont diamétralement opposées et les objectifs si divergents. Par exemple, à la question toute bête de savoir quel mode d’entretien faut-il mettre en œuvre pour assurer la pérennité d’un terrain vague, la réponse n’est pas si simple ? Que faire du terrain : laisser évoluer naturellement le milieu, verdir le site pour en faire une impeccable pelouse, ou bien au contraire le lotir pour combler le vide urbain ? Et si l’option de laisser faire la nature est envisagée, doit-on privilégier la biodiversité, une nouvelle esthétique dans le traitement paysager, la pluralité d’usages ? Qui doit décider ? La municipalité, les riverains, les usagers, les experts appelés à bâtir un projet urbain ou les propriétaires du terrain lorsqu’ils sont encore identifiables ? Autant d’interrogations qui illustrent le jeu de rôle que peut générer un petit bout de nature en ville.
Un cadre pratique
Dans le cadre de cette note, le terme espace vert est définit au sens de la circulaire du 8 février 1973 relative à la politique des espaces verts, c’est-à-dire qu’un espace vert englobe :
- toutes les réalisations vertes urbaines telles que bois, parcs, jardins, squares, et même les plantations d’alignement et d’accompagnement ;
- toutes les superficies vertes périurbaines et rurales, en particulier les massifs forestiers, les forêts, les zones d’activités agricoles, les espaces naturels.
6. Les enjeux sociaux de la nature en ville
Plus de verdure dans les quartiers denses
Les ménages vivant en immeuble collectif ressentent plus que d’autres l’absence de verdure. Par rapport à un ménage résidant en maison individuelle, la différence est significative [Boutefeu, 2005]. La présence d’un jardin privatif ou d’un espace vert mitoyen joue à l’évidence un effet bienfaiteur et agit sur le sentiment de satiété. L’environnement de la ville centre est généralement perçu comme exigu, minéral et gris. Plus un quartier est densément bâti et plus les citadins vantent les mérites des espaces verts et célèbrent les avantages de la ville verte. On peut se demander si la petite taille des logements n’a pas une incidence forte sur ce besoin de contact avec la nature, la recherche de vues imprenables sur des paysages ouverts, l’aspiration à bénéficier de plus d’espaces verts aux abords de son logement ? Quand on est à l’étroit dans ses murs, quoi de plus naturel que de vouloir gagner de l’espace en réclamant plus d’espaces verts de proximité !
Plus d’espaces verts près de chez moi
L’enquête Ipsos-Unep (2008) souligne que « plus de la moitié des Français (56 %) jugent opportun d’obtenir un pourcentage obligatoire d’espaces verts dans les projets immobiliers et commerciaux ». En France, une circulaire datée du 8 février 1973 fixe un objectif de 10 m2 d’espaces verts par habitant en centre ville [Ministère délégué auprès du Premier ministre chargé de la protection de la nature et de l’environnement, 1973]. Cette valeur guide est loin d’être atteinte ; beaucoup de villes ne disposent pas encore d’un réseau d’espaces verts accessibles au public qui soit en adéquation avec ce ratio.
Le square : une valeur sûre
Agrémenté d’arbres et de pelouses, le square est un espace public peu étendu, de 1 000 à 20 000 m2, situé au cœur d’un îlot urbain, d’une place, généralement clos par une grille, un grillage ou une haie basse. Ce modèle d’espace vert promu sous le Second Empire (1852-1870) par Georges Eugène Haussmann, préfet de Paris, est toujours d’une grande actualité. Il séduit notamment les étudiants et les ménages de la ville centre avec de jeunes enfants. Leur fréquentation est fortement tributaire des rythmes scolaires et corrélée aux conditions météorologiques. La demande de square est d’autant plus forte que l’on progresse dans les classes d’âge ; les personnes âgées estiment particulièrement ce type d’espace vert.
Dix minutes de trajet
Le temps de déplacement qu’un citadin est prêt à affecter pour se rendre dans un square est de dix minutes : sept visiteurs sur dix y consacrent entre une et dix minutes de temps de trajet. Ce budget-temps de déplacement de dix minutes permet de mesurer le rayon d’attractivité d’un square, la marche étant le mode privilégié pour s’y rendre. Au-delà des dix minutes durant lequel un piéton parcourt aisément 500 mètres, la voiture est préférée. L’équilibre piéton-voiture s’opère aux alentours de 2 000 mètres, c’est-à-dire qu’une moitié des visiteurs vient à pied et l’autre en voiture et en transports en commun. L’augmentation de la distance « domicile-square » a un effet dissuasif sur la fréquentation : plus la distance augmente et plus la fréquence des visites diminue [Ballion et al., 1982]. Ainsi, la distance maximale associée à la marche est de 2 000 mètres et la vitesse moyenne d’un piéton est de 3,5 km/h (de 3,24 à 4,5 km/h selon l’âge de l’individu), ce qui signifie que le temps de trajet pour se rendre dans un square ne doit pas excéder un budget-temps de déplacement de 40 minutes [Bonnel et al., 2003].
Se promener et se détendre
La promenade est le premier motif de visite évoqué. La seconde cause est liée à la présence d’une aire de jeux qui séduit notamment les riverains accompagnés de jeunes enfants. Le trajet « domicile-square » est également perçu comme un itinéraire de promenade à part entière, complémentaire du square, favorisant les activités physiques et la détente.
À la question de savoir quelles sont les raisons pour lesquelles un citadin boude le square, l’absence et l’éloignement sont les premières causes de non fréquentation. On peut légitimement penser qu’une hausse du nombre de squares permettrait de lever les réticences de ceux qui ne fréquentent pas ce type d’espace vert. Mais d’autres mobiles relevant de la sphère personnelle alimentent cette désaffection : le manque de temps, l’âge trop élevé, le fait de ne pas avoir d’enfants, ou bien le désintérêt pour « un espace vert qui ne les intéresse pas ».
Un équipement polyvalent
Le square est un équipement très prisé des citadins. Preuve de sa polyvalence, il est à la fois un lieu de détente et de promenade, un terrain de jeux, une aire de pique-nique, une salle de lecture en plein air, un salon de verdure. Mais le square est surtout un lieu d’échanges, propice aux discussions et aux rencontres, où les riverains viennent rompre l’isolement et renforcer les liens sociaux. Certains usagers vivant à deux pas d’un square public peuvent d’ailleurs le considérer comme leur jardin privé dans lequel ils reçoivent leurs amis et conversent avec leurs voisins de pallier [Baudelet, 1994]. Ces résultats renforcent l’idée qu’un square est un équipement populaire de la ville centre qui est davantage pertinent dans les quartiers denses que dans les quartiers pavillonnaires, aérés et verts.
Des parcs pour oublier la ville
Le parc urbain est un espace public, clos ou non, allant de 5 à 3 000 hectares, aménagé à des fins récréatives, composé de pelouses d’agrément, d’arbres d’ornement et de massifs floraux, généralement doté d’un plan d’eau, et dont l’emprise est souvent mitoyenne d’une propriété privée (château, manoir, maison de maître) ou attenante à une propriété publique (hôtel de ville, domaine fluvial, forêt domaniale). Le parc urbain est une pièce maîtresse du réseau vert d’une ville ; il jouit d’une grande estime auprès des citadins [Sansot et al, 1992].
Des parcs très fréquentés
Un parc intra-muros est un équipement public très sollicité des habitants de la ville centre, notamment du lundi au vendredi, durant lesquels il fonctionne comme un square de proximité, dans la mesure où il attire une clientèle qui travaille et habite à moins de dix minutes de marche. En fin d’après-midi et en soirée, un parc urbain connaît une pression d’usage plus importante que celle d’un square, et plus encore le week-end. Alors que la fréquentation d’un square est groupée sur une semaine de travail, avec un pic prononcé le mercredi, -jour des enfants-, celle des parcs urbains est plus étalée. 34 % des usagers vont une à deux fois par mois dans un parc et concentrent leur sortie le week-end. Le meilleur taux de fréquentation d’un parc est enregistré le dimanche après-midi. La tranche horaire « 15h30 – 17h45 » est la plus importante, sous réserve que les conditions météo soient clémentes et le soleil au rendez-vous.
En semaine, la pression des visiteurs d’un parc est un peu plus importante que celle d’un square. Elle est liée aux rythmes des ménages actifs ; les visites sont alors de courtes durées, et les séjours épousent les heures creuses d’une journée de travail : le matin de bonne heure (joggeurs, promenade des chiens), la pause méridienne (pique-nique), la fin d’après-midi (famille), le début de soirée après le souper (promenade). Les fins de semaine, un parc intra-muros attire les habitants des quartiers pavillonnaires et des centres-bourgs des communes périurbaines. Des pointes de 40 000 visiteurs sont atteintes les beaux dimanches de juin et de septembre dans le Grand Parc Miribel Jonage (Lyon) qui couvre 2 200 ha [Symalim, 2005].
Des parcs très appréciés
Un parc urbain regroupe une série d’attributs, c’est-à-dire un ensemble de caractéristiques qui sont appréciées et recherchées par la clientèle. Le parc possède des qualités fonctionnelles intrinsèques. Les équipements d’accueil (plaines de jeux, grands toboggans, animaux de la ferme) et les installations sportives (terrains de basket, jeux de ballon, skate-parc, pistes cyclables) sont des aménagements très appréciés des enfants et des adolescents. Compte tenu que ces derniers sont souvent des prescripteurs de sortie dominicale, un parc disposant de l’un de ces équipements spécialisés a une meilleure attractivité pour les familles et les adolescents. La marche reste l’activité favorite des usagers ; on vient au parc avec l’intention de se promener. La balade est un moyen de se détendre et de contempler le spectacle de la nature. Encore faut-il que le parc ait de quoi surprendre les promeneurs, qu’il ménage des points de vue pittoresques, donne à admirer le meilleur de la nature ! Marcher dans un parc s’avère un plaisir pour beaucoup : stimulant, tonique et vivifiant. Un parc gagne en attractivité lorsque les aménagements paysagers sont mis en scène selon une conception simple, accentuée par des images campagnardes, plutôt que gérés vers un style ornemental, décoré ou minéral. Plus la surface du parc est grande, plus il censé offrir une surface végétale importante, et plus le parc attire des habitants venus de loin.
Oasis de nature
Le parc est également porteur d’attributs symboliques, autrement dit un éventail de qualités associées à la nature. Il est évidemment calme, à l’écart du bruit, de l’encombrement et de l’agitation urbaine. Une sortie au vert permet de se soustraire des désagréments de la ville. L’immersion dans un parc diminue les tensions génératrices de stress et apaise les frictions inter-personnelles dues aux multiples sollicitations urbaines auxquelles nous sommes confrontées, quotidiennement et à chaque coin de rue, qui sont liées à l’évitement des piétons, des flux de circulation, aux nombreuses stimulations qui épuisent nos capacités de concentration [Arrif, 2007]. Au contraire, la balade dans un parc est vivifiante, reposante, salutaire. « S’oxygéner, se vider la tête, se ressourcer, se relaxer » sont les expressions utilisées par les visiteurs qui souhaitent passer un agréable moment dans un parc et oublier leurs préoccupations et leurs ennuis. De ce fait, l’environnement urbain ne doit pas être visible de l’intérieur d’un parc. Béton, bitume, panneaux publicitaires, bruits de la ville sont tenus de rester aux portes du parc. Le parc est, par excellence, un lieu de contact avec la nature qui ne doit pas évoquer les maux de la ville. Si le parc est naturellement un endroit calme, il est immédiatement assimilé à un lieu propre, sans déchet ni pollution. Les attributs « calme et propre » sont les valeurs cardinales de la tranquillité d’un parc. Un site paisible et soigné est foncièrement un lieu sûr et rassurant. Dans l’imaginaire du public, le parc correspond à une « oasis de verdure » au sein de laquelle l’agencement des arbres et des pelouses, la répartition des séquences paysagères, la richesse des ambiances rehaussent les bons côtés de la nature : apaisante, aimable et agréable.
Des parcs à l’écart des tensions urbaines
Au-delà des qualités fonctionnelles et symboliques qu’un parc est censé offrir, son attractivité peut être contrariée par l’action d’une variable d’ajustement, indépendante de la volonté des gestionnaires, qui est liée à l’importance de la pression sociale exercée par les riverains. En milieu de semaine, la zone d’influence d’un parc touche une clientèle résidant dans un rayon de 500 mètres. Cette clientèle est placée dans une situation optimale de desserte du parc comparable à celle d’un square. Or, les riverains peuvent monopoliser l’usage du parc et produire un effet de saturation dissuasif envers d’autres utilisateurs potentiels. Ainsi, un parc limitrophe de grands ensembles et de quartiers défavorisés peut induire un marquage social de l’espace public et « faire barrière » à la présence d’autres publics. Dans certains parcs, on assiste alors à des comportements d’évitement et des attitudes de renoncement, y compris en fin de semaine vis-à-vis de publics originaires des quartiers résidentiels. À l’intérieur même du parc, ce processus d’évitement se traduit par un phénomène d’appropriation territoriale, par exemple, un groupe d’usagers se rassemblant à proximité d’une aire de jeux (enfant, mère de famille). De même, des signes d’exclusion peuvent être à l’œuvre : un groupe d’hommes ou de femmes, un rassemblement de sportifs, une minorité ethnique peuvent s’approprier un équipement ou un secteur convoité du parc, tel un banc ensoleillé, une aire de pique-nique mieux placée, une grande pelouse à l’entrée du parc [Communauté urbaine de Lyon, 2000]. La clientèle de fin de semaine est en effet très soucieuse de pouvoir trouver dans les parcs des lieux dépourvus de tensions sociales (sécurité) et une liberté de mouvement (pelouse autorisée).
L’appel de la Grande Verte
Les espaces naturels et ruraux sont, aux yeux des citadins, des espaces verts indifférenciés associant une grande variété de lieux-dits, sites périurbains, zones naturelles, qu’ils regroupent sous le terme générique de « campagne ». On peut succinctement définir la campagne comme un espace de remplissage entre la mer et la montagne qui compose une grande étendue verte à la périphérie de la ville, que le sociologue Jean-Didier Urbain qualifie de « Grande Verte » (2002). La campagne est un lieu de ressourcement où les citadins viennent à la journée ou se retirent dans leur résidence secondaire. La durée d’une sortie à la campagne est nettement plus ample que celle pratiquée dans un parc : une moitié des personnes reste une demi-journée à une journée complète tandis que l’autre moitié prolonge son séjour sur deux jours consécutifs ou plus, ce qui implique que les adeptes de la campagne aient un point de chute dans lequel ils puissent passer une nuitée.
Forêts de loisirs
Les forêts françaises sont « au premier plan des lieux de détente et de loisirs fréquentés par les Français ». La forêt de Fontainebleau, avec près de 17 millions de visites annuelles, arriverait en tête du hit-parade forestier national. Rien que pour les seules forêts franciliennes, l’estimation varie de 54 millions de visites [Dobré, 2004] à 92 millions [Peyron et al., 2002], voire 240 millions selon le Crédoc [Maresca, 2001].
La campagne refuge
Parmi les arguments justifiant un déplacement à la campagne « le besoin de calme et de verdure », « d’être en famille ou entre amis » sont les principaux motifs. Le prix à payer pour accomplir un séjour à la campagne est donc beaucoup plus élevé que pour un parc et un square : il faut organiser la sortie, disposer d’un véhicule, prévoir la logistique d’accompagnement, les repas et les nuitées. En un mot, il faut penser son escapade dans la « Grande Verte ».
Face à ces contraintes matérielles et financières, on comprend que 35 % Français renoncent à se balader dans les espaces naturels et ruraux. En revanche, les personnes qui disposent d’une résidence secondaire profitent de « leur pied à terre pour s’immerger dans la campagne ». Mais durant un week-end au vert, les urbains ne pratiquent guère d’activités sportives de plein air, de balades en forêts, de cueillettes de champignons, d’observations de la nature. Bref, le contact avec la nature n’est pas leur motivation première, si ce n’est pour ceux qui ont un chalet ou un appartement à la montagne. En fait, les citadins prennent congé de la ville, s’y reposent, vivent un temps en retrait de la vie urbaine. Les partants à la campagne font surtout le plein de calme et le vide en eux.
Pour les autres ménages qui ne disposent pas d’une résidence secondaire, une sortie à la campagne reste l’occasion de se promener dans de beaux paysages. Là encore, la marche demeure l’occupation préférée du citadin à la campagne, comme dans les parcs et les squares. Les activités sportives et récréatives n’ont pas la dimension qu’on leur prête ; à peine 15 % des Français déclarent pratiquer un sport de pleine nature au cours d’un week-end à la campagne (équitation, canoë-kayak, ski de fond, vélo tout terrain) [Dufour et al, 1996].
Sauvage ou régulier ?
Les promeneurs du dimanche sont partagés entre deux visions opposées : d’une part, une majorité apprécie de se balader dans une campagne urbaine, sans ronce ni liane, dont les installations d’accueil correspondent à celles qu’ils côtoient dans leurs parcs préférés, d’autre part, une minorité recherche une nature intacte, préservée et authentique, dans laquelle toute perspective d’aménagement de confort est exclue. Nous touchons là une ligne de fracture entre deux positions diamétralement opposées : d’un côté, « les aménagistes » sont partisans d’équiper les espaces naturels et ruraux dont la vocation récréative est prononcée afin d’y trouver des parkings, des points d’information, des sentiers balisés, des aires de pique-nique, voire des équipements sanitaires ; de l’autre, « les protectionnistes » veulent pouvoir disposer de sites naturels et ruraux sans aucun aménagement touristique.
Quels espaces verts pour demain ?
Lors de la création d’un nouvel espace vert, les personnes interrogées plébiscitent en premier lieu le square de proximité. Ainsi, la multiplication des espaces verts intra-muros est préférée aux grands parcs rejetés en périphérie [Boutefeu, 2005]. En raison des difficultés à acquérir des réserves foncières pour aménager des squares accessibles à moins de dix minutes de marche dans les quartiers densément bâtis, nous préconisons de développer une offre alternative d’espaces verts linéaires dont l’avenue-promenade, le quai-promenade et l’allée-promenade seraient des figures emblématiques. Pouvoir marcher le long d’un réseau maillé vert qui développe des modes doux de déplacements entre les parcs et les squares, offre des ambiances urbaines apaisées, augmente les zones de contact à une nature n’apparaissant pas comme (trop) transformée par l’homme, telle est la demande des citadins qui soulignent à l’envi que la marche est l’activité reine pour accéder à la nature.
Calme, propre et sécurisé
L’espace vert incarne « le petit coin de nature en ville ». En termes de représentation sociale, ce havre de paix jouit d’une position extra-territoriale : il est « hors la ville ». D’où l’importance de mettre en valeur les évocations de nature bucolique et de soigner le couple « calme et propreté » afin de créer des espaces verts apaisants qui répondent aux attentes des citadins.
Emmanuel Boutefeu (CERTU)
Fait à Lyon, le 20 octobre 2010
Cette note de synthèse a été écrite pour le compte du Ministère de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de la mer afin d’alimenter les réflexions de l’atelier n°1 intitulé « Fonctions écologiques de la nature en ville et qualité de vie ». Cet atelier a participé à l’élaboration du plan de restauration et de mise en valeur de la nature en ville dont le rapport de synthèse est téléchargeable sur le site du Grenelle de l’environnement. Les autres rapports, textes des conférences de lancement et de restitution des ateliers, déclaration commune des Présidents sont également accessibles sur le site.
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