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Des fleurs aux paysages : villes fleuries, villes paysages

BOUTEFEU Emmanuel   06-12-2007

Avec peu de moyens, il est possible de modifier l’image d’un quartier ou d’une commune en revisitant les pratiques de fleurissement pour faire évoluer le paysage urbain, touche après touche, et le tirer vers le haut (1).

Comment ne pas voir le bouleversement qui a saisi le décor végétal des villes et villages fleuris ? En lieu et place du sempiternel trio " bégonia, géranium, pétunia ", de nouvelles plantes ont gagné leurs lettres de noblesse. Il y a trente ans, le fleurissement se limitait à quelques bacs ornés de la même espèce de géranium écarlate que les jardiniers choyaient pour obtenir l’effet le plus éclatant. Aujourd’hui, ils disposent d’un choix plus vaste de couleurs et de formes : des arbustes à fleurs, des légumes, des plantes grimpantes et tapissantes, et même des graminées agrémentent, toute l’année, leur palette végétale. Malgré cela, le fleurissement est encore trop souvent plaqué, telle une pièce rapportée, et ne tient pas suffisamment compte du paysage, ni de l’environnement de chaque site.

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Aménagement paysager du boulevard Rochechouart à Paris

Adopter un plan de végétalisation
Il est inconcevable qu’un architecte bâtisse une maison sans établir au préalable un plan d’ensemble guidant le travail des entreprises chargées de la maîtrise d’œuvre. Ce plan permet de positionner les murs porteurs, de définir les volumes des pièces à vivre, de choisir les matériaux de construction. Sans plan coté, sans ligne directrice, un architecte court vite à la cacophonie et aux fausses notes, aussi brillants soient les corps de métiers qui l’entourent. Fleurir une commune mérite la même démarche que celle développée par un architecte lorsqu’il conçoit un projet.

Un plan de végétalisation doit donner une cohérence au traitement végétal d’une commune. À travers ce document d’orientation, il s’agit de préciser la place et le rôle du végétal vis-à-vis des éléments qui fondent l’identité de la commune : son relief, son climat, son histoire locale… Le plan doit également tenir compte des ambiances paysagères, accompagner les logiques d’organisation des quartiers : mettre en valeur le bâti, qualifier un espace libre, souligner un tracé parcellaire… Le renforcement de la présence du végétal peut prendre des formes très variées : promenades plantées, arbres et bosquets isolés, massifs étagés, clôtures et murs végétalisés, prairies fleuries. Et parce que chaque espace public est différent, et que les façons de l’appréhender sont multiples, il n’existe pas de schéma type à coller sur une situation donnée.

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Fleurissement en Irlande (Certu - M.Salager)

Un plan de végétalisation doit donner du sens au fleurissement : orienter les choix, exprimer les priorités, construire un projet de paysage. Quelques croquis sur les principes de composition à respecter et l’indication des noms de plantes permettront notamment de déterminer avec précision les plantations à mettre en œuvre, là où elles sont les plus nécessaires. Ce document est un moment clé pour passer en revue les surfaces trop petites qui ne sont pas porteuses d’identité, et de concentrer les efforts sur les secteurs où la densité végétale est suffisamment importante pour faire apparaître un paysage. Un plan de végétalisation constitue un guide utile pour les gestionnaires, les services publics et les multiples intervenants qui font le paysage au quotidien.

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Parc des berges du Rhône

Promouvoir une gestion différenciée
Nombre de communes ont infléchi leurs pratiques de fleurissement : générosité et décontraction sont les maîtres mots de ce nouvel esprit. L’harmonie des couleurs, la richesse des textures, le rythme de rotation des compositions florales sont mieux travaillés. Les jardiniers marient avec brio, le charme des cléomes et des cosmos, la délicatesse des astilbes et des gauras. Les techniques d’entretien et les interventions phytosanitaires sont aussi plus douces : le fleurissement est plus économe en plantes, les repiquages sont plus espacés. Il ne s’agit pas d’un effet de style, ni d’un effet de mode. Les canicules de 2003 et 2006 auront mis en lumière que l’arrosage des pelouses et des jardins peut être rationné, faute d’une insuffisante disponibilité en eau au regard des besoins. La filière horticole et les services des espaces verts réduisent progressivement leurs impacts environnementaux. Ainsi, il utilisent des annuelles moins gourmandes en eau, des variétés florales résistantes, des plantes vivaces qui ne réclament plus une assistance sanitaire lourde. Ces améliorations épargnent les finances communales. La gestion différenciée a indéniablement marqué les esprits et le virage est amorcé.

Quelques conseils et astuces pour réussir un fleurissement paysagé :
  • penser le fleurissement sur les quatre saisons et prolonger le décor végétal en automne et en hiver ;
  • adopter une ligne et une signature végétale rappelant les liens de parenté avec le paysage environnant ;
  • dimensionner les plantations dès l’amont de la conception des aménagements ;
  • privilégier les massifs en pleine terre et limiter les jardinières hors sol ;
  • mettre l’accent sur les grands équipements publics très passagers (aéroports, gares, écoles, hôpitaux)
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Bignone formant un pare-soleil dans une ruelle d’Istambul

Élargir le fleurissement au paysage
Mais il convient de ne pas s’arrêter en si bon chemin. Le fleurissement ne se résume pas à requalifier certains espaces libres sous une abondante végétation, ni à mettre en scène des fleurs, en coordonnant au mieux leurs couleurs et leurs volumes. L’arbre cacherait-il la forêt ? Dans une grande ville, où les compétences sont partagées et multiples, le manque de coordination entre les services intervenant sur la voirie, l’éclairage, la signalisation est parfois criant. La surabondance et l’éclectisme des mobiliers urbains, installés au « coup par coup » et gérés séparément, peuvent brouiller la lisibilité de l’espace public. Les gammes de potelets, corbeilles, candélabres, panneaux de signalisation, sans parler des modèles de jardinières parachutées sur les trottoirs, résultent plus d’un « coup de cœur » décidé au gré des catalogues ou des sollicitations extérieures que d’une stratégie d’embellissement concertée. Ces mobiliers disparates ajoutent à l’encombrement du paysage urbain qu’un fleurissement, généreux et coloré, ne saurait masquer totalement.

Le fleurissement doit impacter, en profondeur, la qualité de l’espace public : la propreté, la ligne des mobiliers, le style de revêtement des sols, l’articulation des fonctions et des usages. Dès lors, le fleurissement est un indéniable levier pour améliorer le cadre de vie des habitants et requalifier des paysages urbains insignifiants. Signe des temps, certaines grilles d’évaluation des concours des villes et villages fleuris font la part belle aux critères environnementaux et paysagers. Dans un proche avenir, on devrait célébrer les villes et villages « quatre paysages » pour le plus grand plaisir des Français.

Pour en savoir plus :
Les plantations d’arbres en villes le long des rues et sur les places, avril 2002, Éditions Certu, 60 p.

(1) article paru dans la revue Techni-Cités n°116 du 8 octobre 2006







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