Brève histoire contemporaine de l’urbanisme végétal
Emmanuel Boutefeu 09-06-2008
Supprimons d’un trait de crayon toute présence de nature en ville, faisons le vide d’arbres : plus de fleurs ni de bourgeons pour fêter le retour du printemps. Que du béton et de l’asphalte ! Est-ce un hasard si les parcs urbains sont des équipements publics très sollicités ? N’est-ce pas plutôt le témoignage du besoin de nature qu’éprouvent les citadins ? Pour preuve : 78 % des Français accordent une place prioritaire aux parcs et jardins. Près de la moitié y vont régulièrement pour se promener, jouer, se détendre1.
Des arguments pour célébrer les vertus des espaces verts
Une analyse des discours et une série d’entretiens menés auprès d’une dizaine de grands acteurs lyonnais montrent que les dimensions esthétiques, sociales et écologiques des parcs et jardins sont des références obligées qu’ils invoquent régulièrement pour justifier la création de nouveaux espaces verts en ville. Les travaux de Stéphane Autran portant sur l’art et la manière d’intégrer les infrastructures vertes dans les plans d’urbanisme de l’agglomération lyonnaise2 montrent qu’il existe une grande continuité des principes de déclinaison des espaces verts, à la fois dans les rapports de présentation des documents de planification que dans les modes d’expression graphique du grain de verdure d’un territoire. Les exposés des motifs des documents consultés, de 1935 à nos jours, et les propos des personnes interrogées permettent de suivre l’évolution des arguments qui sont déployés au fil des décennies.
Ainsi, dans les années 1930, l’ouverture de parcs et de squares, la construction de boulevards plantés d’arbres d’ornement sont considérées comme des équipements publics majeurs propres à embellir la ville.
Les années 1950 sont préoccupées par la progression des temps libres et la montée en puissance des loisirs. Pour contenir l’expansion urbaine, la ville s’entoure d’une ceinture verte à l’intérieur de laquelle des bases de loisirs sont programmées pour répondre aux futurs besoins de détente et de récréation des citadins.
Au cours des années 1980, c’est plutôt le paysage qui est le critère privilégié. L’amélioration du cadre de vie revêt une importance grandissante dans le choix de localisation des habitants et des technopôles. Les espaces verts sont alors convoqués pour offrir une qualité paysagère grâce aux jardins intérieurs privés des lotissements pavillonnaires et des immeubles collectifs.
Les années 1990 voient l’émergence des préoccupations écologiques. Des voix s’inquiètent de l’érosion de la biodiversité et de l’appauvrissement du patrimoine naturel. Là encore, on réalise que les espaces verts sont des lieux propices à la diversité biologique qu’il faut protéger de l’étalement urbain, via un réseau maillé de trames vertes. Depuis les années 2000, le développement durable est le point d’orgue des politiques urbaines ; ce concept reprend à son compte les argumentaires précédemment évoqués, tout en explorant de nouveaux angles de réflexion, tel l’intérêt des espaces verts pour rafraîchir les villes en période de canicule.
L’intervention va surtout examiner le premier argument qui est mis en exergue dans les documents d’urbanisme : l’hygiène et l’embellissement. Ce duo s’inscrit dans une continuité humaniste préoccupée par la nécessité « d’améliorer le sort matériel et moral des citadins ».
Aérer la ville et chasser les miasmes
Durant son exil à Londres, Napoléon III a eu le temps d’apprécier le charme des parcs et des alignements d’arbres le long des boulevards. En 1832, une épidémie de choléra décime les habitants qui s’entassent dans les faubourgs crasseux et les logements vétustes des quartiers pauvres de Paris. Plusieurs milliers de parisiens sont fauchés par cette maladie contagieuse. C’est dans une optique d’améliorer les conditions sanitaires des logements insalubres que Georges Eugène Haussmann est engagé, dès le retour de Napoléon III, en 1852, afin « d’aérer la ville et chasser les miasmes ». L’Académie nationale de médecine estime que « l’insalubrité de la ville médiévale » est une des causes principales des maux dont souffrent les parisiens. Napoléon III est déterminé à remodeler la capitale pour qu’elle retrouve son rang de ville moderne rivalisant avec Londres. Le préfet Haussmann entreprend alors une politique de grands travaux guidée par des considérations hygiénistes, avec la mise en oeuvre d’un réseau d’égouts et d’adduction d’eau potable confié à Eugène Belgrand, et la construction du chemin de fer métropolitain orchestrée par Fulgence Bienvenüe, prenant exemple sur le métro londonien inauguré en 1863. Les grandes percées parisiennes sont des exemples d’aménagements destinés à aérer la ville et à faire pénétrer la lumière dans les nouveaux immeubles bordant les avenues-promenades3 . Le tracé des grands boulevards dans les quartiers denses obéit aussi à des préoccupations de sécurité intérieure, pour prévenir les insurrections populaires et limiter la pose de barricades… La ville est pensée de façon globale : il s’agit d’appliquer « les conquêtes de la science et de l’art à la viabilité et à la salubrité de la grande cité4 ». À ce titre, des jardins publics sont créés, sous l’égide d’une équipe dirigée par Jean-Charles Adolphe Alphand, ingénieur en chef des embellissements, pour permettre la détente et la récréation des ouvriers afin de leur faire oublier « la dureté de la vie parisienne ». Les parcs de Monceau, de Montsouris, les Buttes-Chaumont, les jardins du Champ-de-Mars, les bois de Boulogne et de Vincennes, s’inspirent des modèles de jardins et des styles paysagers des espaces verts londoniens tant appréciés par Napoléon III, avec des allées propices à la promenade et des lignes courbes pour accroître les échappées visuelles. Les chemins incurvés structurent l’espace avec souplesse. Ils permettent de ménager des inflexions douces et harmonieuses, sans raidir les allées promenades par de longues lignes droites. Comme l’attestent les mémoires du baron Haussmann 5 , l’influence de Napoléon III est considérable dans cette politique de grands travaux guidés par des considérations hygiénistes et sécuritaires. Depuis, les parcs du Second Empire ont passé l’épreuve du temps ; les formes urbaines des aménagements haussmanniens ont influencé de nombreuses villes en France.
Des parcs urbains à l’image des parcs nationaux
L’école américaine, menée par le paysagiste Frederick Law Olmsted (1822-1903), constitue un trait d’union méconnu de l’histoire des parcs nationaux et des parcs urbains. Le 30 juin 1864, il obtint du président Abraham Lincolm que la vallée de Yosemite située dans la Sierra Nevada « bénéficie, désormais et pour toujours, d’un statut spécial dans le domaine de l’État et devienne un lieu de loisirs et de détente pour le public6 » dont il deviendra le premier conservateur en chef nommé par le gouverneur de Californie (Yosemite Land Grant). En 1890, la mise en place du parc national de Yosemite s’est faite en expulsant manu militari les indiens Miwok qui vivaient sur les terres ancestrales « de ce plus beau temple de la nature », exploitant les herbages des fonds de vallées, ainsi que les ressources naturelles liées à la pêche, la chasse et la forêt. Olmsted estime que le site de Yosemite doit demeurer un territoire préservé des convoitises et qu’il est destiné à maintenir vivante une nature sanctuarisée. Le Wilderness Act, daté de 1964, défend le bien-fondé d’instituer des parcs nationaux sur des espaces inhabités pour répondre à l’imaginaire collectif de nature vierge, représentant l’image perçue des premiers hommes, avant la conquête de l’Ouest. Les parcs sont dès lors assimilés à de vastes espaces réunissant de beaux sites naturels – rivières, cascades, forêts, vallées, rochers - que l’on vient admirer à la journée, et qui incarnent les hauts faits d’une nature intacte, authentique et généreuse.
Sous l’impulsion de John Muir (1838-1914), écrivain fondateur des mouvements de protection de la nature, les périmètres des parcs nationaux se superposent à des monuments naturels, s’adossent à de grands paysages de l’Ouest américain, annexent des territoires prétendument inoccupés, ne disposant d’aucun établissement humain à l’année. La privatisation des terres par les colons, l’implantation de scieries, l’ouverture de mines, la construction d’ouvrages hydrauliques sont bannis, car ils sont susceptibles d’altérer les qualités esthétiques des parcs. Seuls sont admis les équipements et les aménagements nécessaires à la visite des sites présentant un intérêt, du point de vue artistique, historique, scientifique, légendaire ou pittoresque. Ce paradoxe explique la révolte des indiens Miwok expulsés par la force du parc de Yosemite : « on nous a volé notre vallée pour en faire un terrain de jeux ». Le parc de Yellowstone, créé en 1872, répond en tous points à ces critères d’éligibilité. Cette vision américaine de la « Wilderness nature » marquera profondément la philosophie des parcs nationaux qui seront crées dans le monde.
Frederick Law Olmsted et l’architecte Calvert Vaux conçoivent ensemble le schéma directeur d’urbanisme de Buffalo en 1876. Le système de parcs urbains qu’ils développent dans cette petite ville américaine est constitué de réserves naturelles forestières, attenant à des boisements préexistants, comprenant des extensions paysagères et des jardins publics.
L’ensemble s’articule sur un réseau maillé de trames vertes qui relient les espaces verts par des parkways. Ce lacis de voies vertes et de parcs structure le plan d’urbanisation de Buffalo. Les espaces verts sont, là encore, des lieux de récréation et de contemplation d’une « nature vivifiante et tonique » pour le plus grand nombre, dans lesquels les activités agricoles, pastorales et forestières sont interdites, au même titre que dans le parc national de Yosemite. « Le plaisir que donnent de beaux sites naturels et la détente qu’ils procurent sont ainsi le monopole très exclusif de très peu de gens très riches. La grande masse de la population, y compris ceux qui en profiteraient le plus, en est ainsi exclue. L’aménagement par l’État de grands espaces réservés au public pour qu’il en profite librement sous certaines conditions est ainsi justifié et prend ainsi figure d’impératif politique ». Les parcs urbains adoptent le modèle de gestion des parcs nationaux : régie autonome, conservateur en chef, garde-moniteur (ranger) sont chargés d’administrer et de veiller à l’intégrité des lieux contre les activités humaines dégradantes. FL.Olmsted et Calvert Vaux conçoivent Central Park à New York, en 1858. FL.Olmsted est persuadé que « le spectacle de la nature encourage le bien-être mental et spirituel ; personne, dit-il, n’est insensible à l’impression qu’un beau paysage produit même si cette impression est beaucoup moins sensible et plus confuse chez certains que chez d’autres ».
En France, le paysagiste Jean-Claude Nicolas Forestier (1861-1930), fervent admirateur de Frederick Law Olmsted, publie en 1908, l’ouvrage majeur « Grandes villes et systèmes de parcs » où il y expose sa théorie qui tient en une phrase : « les parcs et les espaces libres sont indispensables pour la vie et à l’accroissement d’une grande ville7 ». Son réseau de parcs fait l’objet d’un programme d’ensemble au sein duquel les « grandes réserves de paysages » protègent les communes périurbaines de l’urbanisation diffuse. Il conçoit une hiérarchie de parcs urbains, de squares, d’aires de jeux, de parcs périurbains « aux points des alentours de la ville où se trouvent le plus de beautés naturelles ou pittoresques dignes d’être conservées ». Sa proposition de développer des avenues-promenades et des voies vertes reliant les espaces verts entre eux n’a pas trouvé d’écho favorable dans les documents de planification urbaine alors que ces équipements devaient favoriser les modes doux de déplacements, tant pour les piétons, les cyclistes, « que les transports électriques ».
La cité-jardin horizontale
C’est à Ebenezer Howard (1850-1928) que l’on doit le concept de cité-jardin qu’il décrit précisément dans son livre « Tomorrow, a peaceful path to real reform8 », publié en 1898, qui connaît un grand succès en Europe. Prenant part au lancement des machines à écrire Remington, il séjourne à deux reprises aux États-Unis et visite Central Park à New York. Howard est influencé par les travaux de Frederick Law Olmsted. Pour faire face aux problèmes d’extension de la ville de Londres et fuir ses nuisances, il envisage de développer des petites cités de 30 000 habitants construites autour d’un parc central de forme circulaire. Howard dresse un constat sans concession de la ville industrielle de Londres, il fustige ses taudis, sa banlieue anarchique ; vilipende les pollutions qui altèrent le cadre de vie des londoniens et les font aspirer à vivre à la campagne. Sa grande idée est de ne pas couper le citadin de la nature et de placer des jardins au cœur de la ville . La solution préconisée par Howard est de réunir au sein de cités-jardins les avantages de la ville et de la campagne. Il synthétise sa proposition dans son fameux schéma des trois aimants : le premier aimant est celui de la ville, le deuxième est celui de la campagne. La population est attirée par l’un ou l’autre de ces aimants. Le troisième aimant que propose de créer Howard est celui de la ville-campagne, lieu hybride où se marient les avantages de l’un et de l’autre. La cité-jardin bénéficierait ainsi d’un pouvoir d’attraction supérieur9. La première cité-jardin qu’il défend, est celle de Letchworth, créée en 1904, dont le plan masse est dessiné avec des voies courbes. Vient ensuite Welwyn Garden City dans les années 1920, cité-jardin implantée à proximité de Londres : des affiches de l’époque montrent les ambitions du projet. La ceinture verte de Londres doit beaucoup aux idées prônées par Ebenezer Howard.
Le modèle de cité-jardin diffuse difficilement en France : il évolue sous la forme de cités ouvrières, s’appuyant sur un contexte social différent de l’Angleterre. La cité-jardin est un lotissement composé de maisons jumelées et de petits collectifs groupés destinés à héberger les ouvriers et les contremaîtres à proximité de leur lieu de travail. L’habitat y est plus populaire, le plan d’urbanisation épouse un quadrillage linéaire quasi militaire, comme dans les exemples d’Auchel et de Noisiel (chocolaterie Meunier). L’habitat individuel se développe grâce à la loi Loucheur votée en 1928 : les premiers lotissements pavillonnaires apparaissent, et la présence de verdure joue un rôle essentiel pour attirer les classes aisées soucieuses d’accession à la propriété et d’ascension sociale. Avant la Seconde Guerre Mondiale se développent en France les habitations bon marché (HBM), comme dans la cité-jardin de Suresnes initiée en 1925 par Henri Sellier, maire de Suresnes et ministre de la santé publique sous le gouvernement du Front Populaire. Les projets de cités-jardins défendus par Ebenezer Howard sont revisités en fonction du contexte politique de l’époque et de la crise économique qui sévit après la grande dépression des années 1930. La contrainte financière est déterminante dans l’évolution des cités-jardins : le choix du collectif par rapport au pavillonnaire est rapidement tranché. Les prix du foncier et les coûts de construction ne cessent de grimper dans les projets développés par l’office public du département de la Seine. Il est alors difficile de produire des cités-jardins à destination des ménages défavorisés, sans un suivi proportionnel du revenu des ouvriers auxquels sont destinés les logements à prix modéré. Afin d’amortir les travaux de viabilisation des lotissements, le collectif groupé l’emporte sur l’habitat individuel.
La cité-jardin verticale
Le Corbusier (1887-1965) fustige avec force l’idée de développer des cités-jardins qui ne sauraient être une réponse adaptée à la pénurie de logements d’avant guerre. Il reproche aux cités-jardins de disperser les habitants, ce qui entraîne un étalement urbain inconsidéré, et conduit à l’isolement social. Il leur préfère des villes fonctionnelles, construites en hauteur, plus densément peuplées, qui rassemblent davantage les habitants, ce qui réduit leur emprise au sol. Les surfaces vertes doivent servir à des objectifs nettement définis : être placés à proximité des logements, contenir les jardins d’enfants, les écoles, les centres de jeunesse, les bâtiments d’usage communautaire. La Cité Radieuse de Firminy constitue une application de sa théorie développée dans la Charte d’Athènes publiée en 1933 pour le Congrès international d’architecture moderne (CIAM). Dans un contexte de hausse de la demande en logements, liée au retour des rapatriés d’Afrique du Nord et à l’explosion démographique d’après guerre (baby boom), les propositions de Le Corbusier séduisent le ministre de la reconstruction, Claudius Eugène Petit, maire de Firminy, avec lequel il met en œuvre le projet « Firminy vert ». La ZUP de Grigny la Grande Borne, conçue par Émile Aillaud, avec le soutien de Charles de Gaulle, reprend les orientations paysagères de la cité-jardin, mais sous une forme verticale. Émile Aillaud va rompre avec l’alignement au cordeau des immeubles implantés le long de voies rectilignes pour adopter un tracé des barres disposées en serpentin.
Enfin, les huit villes nouvelles, Cergy-Pontoise, Marne-la-vallée, Saint-Quentin ou L’Isle-d’Abeau, illustrent à merveille l’adage de l’humoriste Alphonse Allais : « mettre la ville à la campagne et la campagne à la ville ». Les villes nouvelles ont utilisé ce slogan accrocheur pour attirer de nouveaux habitants à la campagne « parce que l’air y est plus pur et que les jardins y sont plus abondants ». En 1961, le président Charles de Gaulle, cherche « un nouvel Haussmann » pour élaborer le schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la grande banlieue parisienne dont la croissance est très rapide. Lors d’un survol en hélicoptère de la région, de Gaulle s’exclame « cette banlieue parisienne, on ne sait pas ce que c’est ! Delouvrier, mettez-moi de l’ordre dans ce bordel ! ». Paul Delouvrier va s’atteler à la tâche. Rapidement, il élabore un plan d’aménagement en créant le District de la Région de Paris dont il est le délégué général de 1961 à 1969. Paul Delouvrier, considéré comme le père des villes nouvelles, revisite le modèle des cités-jardins cher à Ebenezer Howard (création de 8 villes nouvelles à la périphérie d’une ville centre). À cet effet, il engage une politique de maîtrise foncière en créant un établissement public d’aménagement (EPA) pour chaque ville nouvelle, en vue de disposer des terrains constructibles, pour y réaliser les travaux d’aménagement, les programmes d’investissement, les espaces verts d’accompagnement des opérations immobilières. L’urbanisme va demeurer une compétence exclusive des villes nouvelles qui n’est pas déléguée aux communes concernées.
En 2003, les villes nouvelles signent avec l’État le décret d’achèvement des « opérations d’intérêt national ». Les villes nouvelles rentrent alors dans le droit commun ; elles passent d’un projet piloté par l’État à un projet partagé par les élus, les habitants et les partenaires économiques locaux.
Conclusion
Paul Delouvrier reprend à son compte les recommandations émises, dès 1908, par Jean-Claude Nicolas Forestier « les terrains nécessaires aux parcs et à leur liaison seront acquis à l’avance, ou tout ou moins déterminés à l’avance, et frappés des servitudes de protection qui seront nécessaires ». Depuis André Le Nôtre, concepteur des jardins de Versailles, le jardin est devenu le prolongement naturel des nobles édifices qu’il magnifie10. Jean-Claude Nicolas Forestier pense le jardin en un système réticulé de promenades publiques et de parcs, et perfectionne le modèle bien au-delà de celui prôné par Jean-Charles Alphand et de Frederick Law Olmsted. Pour lui, il s’agit de s’opposer au désordre de la spéculation foncière, en anticipant une distribution équitable des espaces verts au regard des futures extensions urbaines : « La plupart des municipalités des grandes villes d’Amérique et d’Europe, écrit-il, ont aperçu le danger qu’il y avait à laisser dilapider les espaces encore libres, à laisser défigurer les aspects encore intéressants ou pittoresques de la ville et aussi de ses environs, à laisser fermer par la banlieue toutes les issues vers la campagne. Elles ont compris quels éléments d’hygiène et de beauté une ville en voie de développement peut trouver au cours d’un siècle dans des dégagements, des réserves nombreuses et judicieusement distribuées. Elles ont compris que le plan de ville est insuffisant s’il n’est complété par un programme d’ensemble et un plan spécial des espaces libres intérieurs et extérieurs pour le présent et l’avenir – par un système de parcs ».
Emmanuel BOUTEFEU
CERTU
Conférence donnée le 16 avril 2008 au Café du patrimoine et architectures de Montpellier
(1) Enquête UNEP-IPSOS, mars 2008, Les espaces verts de demain, usages et attentes des Français, 18 p.
(2) AUTRAN Stéphane, 2004, Les infrastructures vertes à l’épreuve des plans d’urbanisme. L’agglomération lyonnaise, la construction d’une stratégie, Éditions CERTU, Lyon, 319 p.
(3) GAUTHIEZ Bernard, LEQUIN Yves, octobre 1998, Lyon, entre Bellecour et Terreaux, urbanisme et architecture au XIXe siècle, Éditions lyonnaises d’art et d’histoire, 134 p.
(4) ALPHAND Jean-Charles Adolphe, 1873, Les Promenades de Paris, Paris, James de Rothschild.
(5) HAUSSMANN Georges-Eugène (Baron), 2000, Mémoires, Notes établies et rassemblées par Françoise CHOAY, Éditions Le Seuil, 1204 p.
(6) BARIDON Michel, 1998, Les jardins, paysagistes, jardiniers, poètes, collection Bouquins, Éditions Robert Laffont, page 1022.
(7) FORESTIER Jean-Claude Nicolas, 1997, Grandes villes et systèmes de parcs, France, Maroc, Argentine, Institut Français d’Architecture, Éditions Norma, 382 p.
(8) HOWARD Ebenezer, 1969, Les cités jardins de demain, Éditions Dunod, Paris.
(9) SALOMON CAVIN Joëlle, mars 2007, Les cités-jardins de Ebenezer Howard : une oeuvre contre la ville ? Institut de politiques territoriales et d’environnement humain (IPTEH), Université de Lausanne, note dactylographiée de 12 pages.
(10) WERQUIN Ann Caroll, novembre 2007, Des villes vertes et bleues, de nouvelles infrastructures à planifier, Éditions PUCA, 152 p.












