Accidentologie des piétons
Catia Rennesson 24-05-2004
En ville, 1 accident sur 4 implique un piéton ; 1 victime grave sur 4 est un piéton ; 1 piéton tué sur 2 a plus de 65 ans. Quelques chiffres clés sur l’accidentologie de ce mode de déplacement.
Tendances Depuis plus de 30 ans, le nombre de piétons tués suit une baisse régulière en France, passant de 3202 en 1970 à 819 en 2002. Le taux de tués piétons (proportion de tués piétons par rapport à l’ensemble des tués de la circulation) a également très nettement diminué, passant de 21 % à 11% au cours de la même période. Néanmoins on compte encore environ 800 piétons tués chaque année en France.
Répartition milieu urbain/ rase campagne L’énorme majorité ( 93 %) des accidents piétons se produit en milieu urbain, ce qui correspond évidemment au fait que la marche à pied est une pratique essentiellement urbaine. Près de 2 piétons tués sur 3 le sont en milieu urbain.
Enjeux urbains En ville, les piétons sont impliqués dans 22% des accidents et représentent ¼ des tués. Ces chiffres montrent l’importance des enjeux « piétons » en terme de sécurité en milieu urbain.
Accidents piétons et taille de ville La gravité de accidents piétons croît à l’inverse de la taille de l’agglomération, jusqu’à une forte gravité en rase campagne. Ainsi on compte 1,8 piétons tués pour 100 victimes piétons dans les agglomérations de plus de 300 000 habitants contre 8,7 dans celles de moins de 5 000 habitants et 24 en rase campagne.
Localisation des accidents piétons en ville Les accidents piétons en milieu urbain se produisent essentiellement sur les axes principaux, là où la circulation piétonne est plus importante, le trafic dense ou rapide, et la tâche de traversée plus difficile. La grande majorité des victimes piétons sont le fait d’accidents qui se produisent hors intersection (76% des victimes milieu urbain).
Accidents piétons et motifs de déplacement 45% des piétons accidentés le sont alors qu’ils effectuent un trajet « promenade loisirs ». Une analyse du motif de déplacement selon l’âge effectuée par l’INRETS (« Les accidents de piétons. Analyse typologique. », rapport n° 201, 1995 ) indique que : « 20% des trajets des moins de 15 ans accidentés étaient des déplacements domicile-école, et 62 % des déplacements de loisirs. »
Age des impliqués Les populations les plus touchées sont les moins de 15 ans pour les blessés (28% des piétons blessés), et les plus de 65 ans pour les tués (40% des piétons tués). En ville, les piétons tués dans la tranche d’âge « plus de 65 ans » représentent à eux seuls 51 % des piétons tués. La gravité des accidents croît fortement avec l’âge ; les piétons âgés étant physiquement plus fragiles.
La connaissance de la population par tranche d’âge et par sexe permet d’évaluer le risque d’être impliqué et celui d’être tué. Tous âges confondus, les hommes présentent par rapport aux femmes un risque plus élevé d’être impliqués ou tués dans un accident piéton. Par ailleurs, on observe un sur-risque d’être accidenté chez les jeunes enfants (surtout les enfants de 5 à 9 ans). Mais le risque d’être tué est le plus élevé pour les personnes âgées.
« Le taux élevé de piétons accidentés chez les enfants peut s’expliquer à la fois par une exposition plus grande, notamment lorsqu’ils jouent dans la rue, et par leur incapacité à faire face à la complexité du trafic routier, pour des raisons morphologiques, perceptives et cognitives (Assailly, 1992) »
« La sur-implication des piétons âgés est observée dans de nombreux pays (Choueri et al.,1993).Cette catégorie d’usagers rencontre des difficultés lors de la traversée, leur vitesse est plus lente, et il leur est plus difficile de réagir rapidement en cas de situation dangereuse (OCDE, 1985). »
Manœuvre des piétons impliqués En milieu urbain, la majorité des piétons (73%) sont accidentés alors qu’ils effectuaient une manœuvre de traversée. En rase campagne 45% sont accidentés en traversée mais 30% sont également accidentés lors de leur déplacement le long de la route. Une analyse plus détaillée de la manœuvre de traversée, effectuée par l’INRETS et rapportée dans son document n° 201 (« Les accidents de piétons. Analyse typologique. », 1995) donne les indications suivantes concernant l’âge du piéton qui traverse : « … les personnes âgées sont plus souvent heurtées en milieu ou en fin de traversée, alors que les enfants se font essentiellement renverser en début ou en milieu de traversée. »
Accidents en traversée Les piétons sont généralement accidentés en dehors ou aux alentours (moins de 50 m) du passage pour piétons : c’est le cas pour 51 % des victimes et 65 % des tués. Néanmoins le nombre de piétons accidentés sur les passages reste important : 35 % des victimes et 18 % des tués.
4 types homogènes d’accidents de piétons Une analyse multi-critères , menée par l’INRETS, a permis d’identifier en 1995 ( « Les accidents de piétons. Analyse typologique. » Rapport n° 201) quatre types homogènes d’accidents mortels de piétons :
Groupe 1 : sur-représentation de femmes âgées de plus de 65 ans ; tuées en ville alors qu’elles effectuaient une manœuvre de traversée. Groupe 2 : sur-représentation d’enfants, tués durant la journée, en ville, alors qu’ils couraient ou jouaient. Groupe 3 : sur-représentation de piétons masculins, tués la nuit sur des routes de rase campagne alors qu’ils longeaient la chaussée et présentaient un taux d’alcoolémie élevé. Groupe 4 : sur-représentation de piétons tués sur le trottoir ou l’accotement, suite à d’une perte de contrôle de véhicule ou bien suite à un sur-accident, ou encore dans le cadre d’un changement de mode de déplacement.
Répartition saisonnière et temporelle On observe plus d’accidents de piétons en périodes automnales et hivernales. « La durée de l’obscurité beaucoup plus longue durant ces mois, et les mauvaises conditions atmosphériques peuvent être à l’origine de cette sur-représentation. » (Rapport INRETS n° 201, 1995). En outre, c’est également en hiver que la gravité des accidents piétons est plus élevée.
La gravité des accidents piétons est la plus élevée au cours des week-ends et des jours de fête. Concernant le samedi, « les alcoolémies plus élevées le samedi soir peuvent expliquer cette sur-représentation » (Rapport INRETS n° 201, 1995).
53% des tués piétons le sont entre 18 heures et 06 heures du matin (période assimilable à la tombée du jour + nuit) avec une forte proportion vers 18h, période à laquelle la mobilité piétonne ainsi que le trafic motorisé sont encore importants. C’est la nuit, entre 23h et 6h, que la gravité des accidents piétons est la plus élevée. Les accidents les moins graves se produisent vers 13 h.
Pour plus d’information :
1) INRETS, 2003 - Scénarios types d’accidents impliquant des piétons et éléments pour leur prévention. Rapport N°256.
2) INRETS, 1999 - L’accidentologie des piétons. Diagnostic et recommandations. - Fascicule.
3) INRETS, 1995 - Les accidents de piétons. Analyse typologique. - Rapport N°201.
4) ONISR, 2002 - La sécurité des piétons en 2001. Étude sectorielle.








