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Conception universelle ou Design pour tous

   09-02-2012

Les pays industrialisés, et même des pays en développement, reconnaissent qu’ils doivent mettre tout en oeuvre pour faciliter l’intégration des personnes handicapées dans la société. Le nombre grandissant de personnes âgées et de personnes handicapées en Europe signifie que cette urgence ne va pas diminuer dans les années à venir. Pour relever ce défi, pourquoi ne pas développer le concept « conception pour tous » et l’appliquer à tout produit de consommation, comme cela est en cours en Amérique du Nord, au Japon et dans les pays nordiques ? D’ailleurs, les organismes de normalisation européens ont établi en 2002, sous mandat de la Commission Européenne « un rapport d’orientation dans le domaine de la sécurité et de la facilité d’utilisation des produits pour les personnes ayant des besoins spéciaux (par exemple les personnes âgées et les handicapés) ».[1] Les concepts « Inclusive design », « Design for all », « Universal design » recouvrent la même réalité. Nous les traduisons par « Conception universelle » qui couvre la conception des produits pour toute la population et englobe tous les principes de conception. Pour être utilisables pour tous, de la manière la plus étendue possible, sans nécessité d’adaptation ou de conception particulière, le produit doit respecter les sept principes suivants :

  • Usage équitable, c’est-à-dire utile et s’adressant aux personnes ayant des capacités diverses ;
  • Flexibilité d’usage, pour satisfaire les préférences et capacités individuelles ;
  • Simplicité et usage intuitif, quels que soient l’expérience, les connaissances, la pratique de la langue ou le niveau de concentration de l’utilisateur ;
  • Information perceptible, indépendamment des conditions ambiantes ou des capacités sensorielles des utilisateurs ;
  • Tolérance à l’erreur, en minimisant les dangers, les conséquences néfastes ou les actions non-intentionnelles ;
  • Faible effort physique, pour une utilisation efficace, confortable et avec une fatigue minimale ;
  • Des dimensions et espaces permettant d’approcher et d’utiliser le produit, quelles que soient la taille, la posture ou la mobilité de l’utilisateur. Les véhicules à plancher bas et avec accès sans marche depuis la station ou le point d’arrêt, les bâtiments de plain-pied sont deux exemples de conception universelle. Déjà dans les années 1980, la recherche « Épidémiologie du handicap, étude fonctionnelle d’une population » visait à décrire les capacités d’une population de 500 habitants de la commune de Saint-Cyr-sur le Rhône (âgés de 6 ans et plus) pour les situations courantes de l’utilisation des transports collectifs et de leurs abords. Les résultats principaux sont résumés dans l’article publié en décembre 1989 [2]. Ils devraient intéresser les industriels qui manquent de connaissances pour l’application du principe de conception universelle. En fait, à la faveur de leurs réflexions, les chercheurs de l’université du Wisconsin parlent maintenant de deux concepts – « conception universelle » et « conception accessible ». La "Conception accessible" est une déclinaison de la "Conception universelle", dont les principes étendent le procédé de conception standard aux personnes qui ont certains types de limitations de capacités. Force est de reconnaître qu’il n’est pas possible aujourd’hui de concevoir chaque chose de telle façon qu’elle soit utilisable par chaque individu. Il est pourtant possible de chercher des combinaisons d’approches pour répondre aux besoins de personnes handicapées ou âgées. Quatre approches peuvent ainsi concourir à une meilleure accessibilité des produits :
  • l’accessibilité directe. L’incorporation d’éléments simples et de faible coût dans la conception du produit le rend accessible à la plupart des types ou degrés d’incapacités. Le produit standard directement « sur étagère » peut être accessible à un plus grand nombre de personnes. Un exemple est constitué par le système d’information visuelle et auditive du prochain arrêt à bord d’un métro ou d’un autobus. Un autre est la boucle d’induction qui permet aux personnes malentendantes appareillées de mieux dialoguer à un guichet ou au téléphone ;
  • l’accessibilité par des options ou accessoires standards du fabricant. Ces alternatives seraient trop coûteuses sur le produit standard, ou malcommodes , ou bien certaines pourraient être incompatibles entre elles. Il convient que ces alternatives soient listées et décrites dans la documentation standard et il serait bon qu’elles apparaissent dans la publicité du produit. C’est par exemple, la rampe d’accès intégrée à une porte d’autobus à plancher bas ;
  • la compatibilité avec des interfaces spécifiques ou des dispositifs d’assistance. La coopération entre le fabricant du produit et le fabricant des dispositifs spécifiques ou d’assistance doit permettre d’intégrer des connecteurs ou liens infra-rouges. Un exemple est la possibilité sur un ordinateur, de connecter une "plage braille" qui remplace l’écran pour un utilisateur non-voyant. C’est aussi le boîtier de télécommande qui active l’émission de messages sonores pour que le piéton aveugle ou malvoyant puisse traverser en sécurité aux feux de circulation ;
  • la facilité de modifications personnalisées. Il peut subsister des cas où aucune des trois approches précédentes n’est réalisable. Il faut alors admettre de faire des modifications individualisées. Il faudrait que les produits de base facilitent de telles modifications, notamment en pouvant fournir de la documentation sur les façons de procéder en sécurité ou efficacement. Les adaptations de conduite pour automobiles en sont un bon exemple. Tout le monde reconnaît l’agrément d’utilisation de la télécommande de télévision. Elle a été inventée pour les personnes handicapées qui ne pouvaient quitter leur fauteuil pour changer de chaîne ou modifier le volume du son. Son développement entrait alors dans le cadre de la troisième approche ci-dessus. Depuis, elle est partie intégrante du téléviseur, conformément à la première approche. La démonstration est faite de la pertinence des ces approches et de la faisabilité de l’accessibilité des produits à tous. Conférence internationale « Conception universelle, à Paris le 9 décembre 2011 Organisé à l’initiative de l’Observatoire interministériel de l’accessibilité et de la conception universelle, ce colloque s’est articulé autour de 3 temps forts : · la notion de conception universelle : ses origines, ses principes, sa diffusion · son apport dans le secteur industriel · l’appropriation de la conception universelle par la société française. Les actes sont publiés et téléchargeables gratuitement. [3]

Contact : Maryvonne Dejeammes, chargée de mission au CERTU

[1] FD ISO/CEI GUIDE 71 Août 2002 Principes directeurs pour les normalisateurs afin de répondre aux besoins des personnes âgées et de celles ayant des incapacités Indice de classement Afnor : X35-071

[2] Handicap de situation et accessibilité des transports collectifs. Colloque Transporter sans exclure. Dunkerque, décembre 1989

[3] Une-conférence-fondatrice







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